mercredi 24 décembre 2014

Confessions d’une enfant du divorce : la vérité qui dérange



Pourquoi ce thème en cette veille de Noël ? Je ne sais pas. Sans doute ai-je besoin, en cette période où l’on fête la naissance d’un enfant, de me faire l’avocate de ces êtres qui n’ont d’autre choix que de subir les pérégrinations de leurs ascendants. Ma génitrice m’a beaucoup demandé de me « mettre à sa place » et je pense que ce n’est pas ainsi que les rôles devraient être distribués. Alors, sans doute est-ce terriblement vain et pédant de tenter ce cri du cœur au nom des autres… Considérez ceci comme une bouteille à la mère (non, pas de faute d’orthographe ici) et pardonnez mon ton quelque peu vindicatif. Certaines blessures ne se referment jamais vraiment. Elles cicatrisent mais restent tout de même inconfortables et disgracieuses…

Je tombe régulièrement sur des articles traitant du divorce et plus particulièrement de l’impact sur les enfants. Ce qui me dérange, dans la plupart des cas, c’est que ces articles sont des spéculations citant des études et pourcentages, rédigées par des adultes pour les adultes et l’on pourrait renommer tous ces traités de la bonne conscience « Comment divorcer en toute tranquillité » ou « déculpabilisez-vous tranquillou. » Je cherche depuis longtemps des témoignages de personnes comme moi, devenues adultes et qui ont subi de plein fouet les affres de la famille décomposée. Car on ne recompose pas une famille de force. L’enfant, en grandissant, se choisira une famille de cœur par lui-même. Le terme « famille recomposée » est une insulte au terme famille et rend cette notion purement détestable. J’ai haï avec passion « la famille » jusque très tard dans ma construction. Et même encore aujourd’hui j’ai un terme bien à moi pour la vraie famille que je me suis choisie, le terme générique « famille » me hérissant le poil dans le meilleur des cas.

Je suis souvent face à des personnes plus âgées que moi qui plaident la cause des pauvres parents divorcés et qui implorent « oui, mais des fois, ça peut bien se passer ». Ce discours émane exclusivement des parents qui divorcent ou veulent divorcer. En tant qu’enfant de divorcé, j’ai le privilège d’entendre la vérité de la bouche de mes semblables. La chose drôle est que nous devons nous reconnaître entre nous, ce qui explique que j’ai pu parler à cœur ouvert avec beaucoup d’enfants comme moi. En général, un enfant de divorcé à qui on demandera comment ça se passe vous répondra que ça se passe bien. Moi aussi je l’ai fait. Il y a une entente tacite entre ces enfants et la société : « dis que ça se passe bien ! Ton mal-être nous incommoderait ! ». Voyez-vous, nous avons tellement appris à prendre sur nous que nous mentons pour ne pas culpabiliser nos parents. Ces pauvres chéris, c’est déjà tellement difficile ce qu’ils vivent. Tous ces articles sur le divorce vous serviront de copieuses excuses sur le fait que l’enfant préfèrera voir ses parents divorcer plutôt que d’être dans un foyer où les parents se déchirent. Et vous, que préférez-vous : sauter d’une falaise ou vous faire couper la jambe ? La vérité, c’est que quoi qu’il arrive, quand vous êtes parents OU enfants et que le couple périclite, vous êtes foutus. Et ça se ne se passera pas bien. Arrêtez de vous bercer d’illusions sur le divorce par anesthésie générale. Vous allez en souffrir quoi qu’il arrive. A vous de faire en sorte que ce soit le moins possible. La société dans laquelle nous vivons nous sert une soupe bien-pensante sur les joyeuses familles recomposées et le divorce sans souffrance. Soyons clairs, ça n’existe pas. Et je me demande bien comment l’on peut publier des inepties du style « 60% des enfants de divorcés gardent des séquelles de cette expérience » quand ces dits enfants passeront leur vie à dissimuler ce qu’ils ressentent et vivent pour faciliter la vie de tout le monde (sauf la leur). Alors l’argument ridicule des notes à l’école est toujours l’indicateur qui fait mouche ! Si les notes chutent, on crie à la dépression enfantine. Personnellement, j’ai été première de classe avant, pendant et après le divorce. Insoupçonnable. Et pourtant mon niveau de bien-être entre 6 et 20 ans a plus que frôlé le morbide. Beaucoup d’enfants de divorcés avec qui j’ai échangé de façon sincère étaient plutôt bons élèves. Et pourtant, on a dégusté méchamment, tous à notre manière. Moi, j’ai essayé d’arrêter d’exister, remuer le moins de vagues possibles. J’ai donc toujours réussi à l’école, jamais prononcé un mot au-dessus de l’autre, sage et retenue en toutes circonstances. Insoupçonnable, je vous dis. Mesdames et messieurs les scientifiques et statisticiens, je vous annonce que vous n’avez pas encore craqué le code du ressenti de l’enfant. Sans doute faut-il l’avoir vécu.

Passons maintenant en revue quelques réflexions lamentables qui ont été invoquées devant moi et qui continuent de sortir des bouches en toute impunité:

« Pourquoi tu pleures ? »

C’est la première réaction que j’ai eu, enfant, à l’annonce du divorce. Et cette phrase a conditionné tous mes efforts de dissimulation émotionnelle par la suite. Un enfant devrait justifier un mal-être qu’il ne comprend même pas mais que l’adulte, lui, devrait comprendre, puisque c’est lui qui l’inflige. Cette question laisse penser qu’il n’est pas normal de pleurer, d’être triste, pour le simple fait de la séparation. Ce n’est pas parce que le parent se voile la face et tente par tous les moyens d’obtenir son divorce sous péridurale que l’enfant doit devenir un robot. 

« Maintenant, tout le monde divorce. »

Si je vous enfonce un poignard dans le cœur, vous aurez mal, n’est-ce pas ? Bon, alors pour remédier à cela, je vous propose, afin de soulager votre douleur, dans ma grande mansuétude, de vous montrer que des centaines d’autres, comme vous, se font poignarder dans le cœur en cette même seconde. Voilà, vous vous sentez mieux ?!

Et les affres de la greffe, souvent ratée, de pièces maladroitement rapportées :

« Je n’essaye pas de remplacer ton père. »

Un enfant ne pensera jamais une seule seconde au fait qu’une personne extérieure pourrait remplacer son parent. Ça ne lui effleure même pas l’esprit. Mais, de toute évidence, les adultes, eux, s’en préoccupent et sont assez présomptueux pour vous lâcher des perles dans ce genre. Si l’enfant avait la répartie d’un adulte, à ce moment-là,  il vous répondrait « A la bonne heure ! Autant ne pas te fatiguer à essayer de remplir une tâche impossible et, à propos, ta réflexion me fait l’effet inverse de celui escompté. Car toi, tu y as songé… »

Alors, voilà, plus d’espoir ?! Si je divorce, j’abats le malheur sur toute ma descendance ?! Autant sauter du pont tout de suite ? Non, évidemment pas. Mon propos est de ramener un peu de réalisme, d’honnêteté intellectuelle et affective dans ce montage de bourrichon (maintenant assez médiatique) autour de la notion de divorce. Montrons-nous responsables. Préservons les enfants mais ne comptons pas sur la banalisation de la douleur comme planche de salut. Souffrir du divorce est normal. Préserver tant que possible ses enfants de cette souffrance l’est aussi.


jeudi 4 décembre 2014

Taroculte 5: Le Pape, mysticisme et tradition



Aussi stupide que cela puisse paraître, cette carte me rebute autant que le Diable effraie le commun des mortels (alors que moi, je l’adore ce cher ami cornu). Je pense que mon expérience personnelle ratée de la Chrétienté y est pour beaucoup et que mon indécrottable attachement à la liberté spirituelle et refus de suivre un chemin pavé de règles en la matière (religions ?...) m’ont empêché de bien me connecter à cette carte. Oui, je prône la liberté spirituelle ! Si votre cœur est en joie lorsque vous priez Jésus, trinquez à la gloire de Dionysos ou expérimentez la beauté divine dans le simple fait de contempler une œuvre d’art, bravo ! Je pense donc ne pas être une extrémiste spirituelle qui rejette de facto les religions (extrémiste païenne, marrant, non ?!) mais plutôt une amoureuse de la liberté spirituelle et de la liberté de choix en la matière. Alors pourquoi tant de grincement de dents devant cet archétype du Pape ? Il ne s’agit, après tout, que d’un archétype : celui du leader spirituel, du représentant du Divin sur cette humble terre. Je pense que cette interprétation trop précise du leader spirituel en question me déconcerte  à cause de mon expérience personnelle. Pourquoi le Pape, non d’un animal cornu ? Évidemment, à l’issue du Moyen-Age,  il était de bon ton d’être « Chrétiennement correct » et cela explique que le Tarot de Marseille, l’un des plus anciens, utilise ce terme. Dans le Rider-Waite, plus récent, cette carte porte le nom d’Hiérophante, prêtre de la Grèce Antique, notion déjà plus plaisante à mes yeux. Mais peu importe ! Cette carte m’a donné une bonne leçon : dans le Tarot, il est important de se détacher de l’évidence et chercher la vérité qui raisonne plus profondément. Le Pape aura donc plusieurs rôles possibles : représentant des religions, sage, guide, mystique et pourquoi pas le Divin lui-même (elle-même ?! Non mais !).

Le religieux, gardien de la doctrine

Ha, le voilà mon blocage en chair et en os. Mon a priori négatif. Celui qui représente la religion, la doctrine, la règle religieuse, l’organisation de l’Église. Frissons… Pour certains, ces notions seront rassurantes et bienvenues. De mon point de vue, cet archétype du Pape me montrera davantage la dictature spirituelle que je tente de fuir avec force et fracas, les carcans religieux, l’extrémisme, les dictats (pas uniquement religieux d’ailleurs, mais idéologiques de tous poils). Au-delà du spirituel, cette carte pointera du doigt l’hypocrisie de l’ordre établi, la dynamique de groupe écrasante et abêtissante (vous remarquez les deux moutons qui prient aux pieds du Pape ?), le rejet de l’individualité, le manque de sincérité, prêcher des concepts vertueux dans lesquels on ne croira pas vraiment,… Je pense vous avoir dressé un portrait suffisamment clair et sarcastiquement suggéré dans le Tarot Noir : celui de l’emplumé religieux que seuls les faibles et les influençables portent aux nues. Voilà, c’est dit. Vous pouvez préparer le bûcher pour me jeter dedans, peu m’importe !



Le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere

Le sage, celui qui a le droit de fumer des choses étranges sans être jugé

L’archétype du sage est bien plus libre que celui du religieux. La sagesse véritable naît de l’expérience, des échecs et succès, de la VIE en somme. Le sage sera donc l’aîné, le guide, celui qui, au prix de difficultés plus ou moins grandes, a acquis des clés spirituelles de valeur. Il détient une vérité pour laquelle il a travaillé dur. Souvent, il la délivrera à ses cadets par énigmes car la VÉRITÉ ne s’obtient pas sans sueur et sang. L’enseignement du sage demandera du travail et de l’application.



Alice Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov

Le Mystique, le vrai, le tatoué…

Le voici l’illuminé (celui qui a atteint l’Illumination et non pas le dingue…), le sorcier du village, marabout, devin, guérisseur, possédant le mystérieux don de communiquer avec le Divin aussi simplement qu’avec sa voisine. La classe, non ? Il inspire le respect, voire la déférence, grâce à cette connexion mystique. Il a été choisi par le Divin et a répondu à son Appel. Certes, depuis l’apparition des monothéismes, nous n’en voyons plus beaucoup de ces chers amis, à part dans des sphères glauques et clandestines suintant la marginalité, le charlatanisme et l’arnaque organisée… Cet archétype, poussé à l’extrême sera le Dieu lui-même ! Et en regardant le Tarot des Vampires, je ne peux m’empêcher de penser à Hadès…



Le Tarot des Vampires de Ian Daniels

Dans mes tirages personnels, le Pape a su m’apprivoiser et me montrer ses multiples visages. Souvent, il me surprend agréablement et me pousse dans mes retranchements, hors de ma zone de confort solitaire. Il sait donc être bienveillant, même avec une impie dans mon genre !



mercredi 3 décembre 2014

Taroculte 4: L'Empereur, Guide ou Bourreau?


Si je vous demandais de penser à votre père. Vous imagineriez cet homme avec ses qualités, ses défauts, tout ce qui constitue sa personnalité et a construit l’archétype paternel de votre monde intérieur. Chez certains, cet archétype sera très positif et teinté de tendresse, rattaché à des notions engageantes et sympathiques, fiables et rassurantes. Le monde étant ce qu’il est, chez certains, cet archétype sera beaucoup moins chaleureux. Il en ira de même si j’évoque le mari, le frère, le fils… Cette subjectivité née de l’expérience est la raison pour laquelle je considère que les images et personnages archétypaux du Tarot portent en eux une essence qui peut dévoiler des nuances bien différentes selon les tirages et contextes. Ainsi, l’Empereur sera un symbole de stabilité ou de rigidité, l’image du père et de l’homme modèle ou le tyran domestique étouffant, le leader charismatique ou le dictateur.

La stabilité du 4

Porteur du chiffre 4, l’empereur est la stabilité pure. Il est la base fiable, l’ancrage, telle la table à quatre pieds. Avec lui, tout est carré, planifié, voire prévisible. L’improvisation n’a pas sa place. Sous les aspects rigides, se cache aussi une notion rassurante, pleine de confort. L’Empereur sera celui sur qui compter, celui qui répondra toujours présent. Il pourra même représenter le foyer accueillant et réconfortant, la maison, le pays d’ancrage ou le travail stable avec un contrat long-terme, bien payé mais pas forcément excitant ou évolutif. Ainsi, l’Empereur sera l’argent sûr, la personne qui fait vivre le foyer ou l’entreprise pérenne. D’un point de vue plus spirituel, il sera le chakra racine qui nous relie à la terre, au concret. C’est pourquoi l’Empereur a de l’assise et de l’assurance. 



Dans le Steampunk Tarot, l’Empereur incarne cette assise et cette stabilité.

Quel homme!(?)

L’Empereur est également celui qui incarne tous les rôles masculins par excellence à l’instar de sa bien-aimée l’Impératrice qui était la femme dans tous ses états. Père, mari, chef de famille mais avant tout homme. C’est bien là que la subjectivité sera la plus forte parce que si cette carte représente un proche, une figure masculine importante de l’entourage du consultant, nous pourrons avoir affaire aussi bien à l’homme chéri qu’au pervers narcissique craint et fui. Les cartes alentours dans le tirage seront déterminantes.



Dans le Tarot Noir, l’Empereur est tourné vers l’Impératrice et nous signifie ainsi son rôle familial et social.

Oui, chef!

Un autre rôle important de l’Empereur, et pas des moindres, est celui du leader. Il sera le chef, le commandant, la référence, l’homme fort, le stratège. Impossible dans ces cas-là de le détacher des domaines de la politique, du travail, du groupe mais bien évidemment également de la famille. La stabilité évoquée plus tôt tournera davantage à la fermeté dans ce contexte. Celui qui guide les autres, commande et prend les décisions doit se préparer à aller à l’encontre des désidératas de certains. Lorsque l’on dirige, on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais lorsque l’adhésion est au rendez-vous, le leadership devient exaltant et particulièrement efficace. 



Le Bohemian Gothic Tarot dépeint un Empereur plutôt sombre, leader prêt à tous les sacrifices (humains ?) pour parvenir à ses fins.

On souhaiterait bien volontiers ne connaître que la face lumineuse de l’Empereur, celle du guide bienveillant qui vous soulève et vous encourage. Mais l’Empereur (même lui !) doit se plier à la loi de l’impermanence et vous verrez de temps en temps poindre l’ombre d’un homme bien moins recommandable derrière cette carte. Restez vigilants !



mardi 25 novembre 2014

Taroculte 3: L'Impératrice, Le Pouvoir du Féminin

L’Impératrice est l’archétype même de la femme. Femme, mère, épouse, elle représente les différents rôles qui incombent au genre féminin. Mais du haut de son statut impérial, elle remplit ce rôle avec superbe, puissance et assise. Elle est donc une carte de « girl power » à mes yeux. Elle peut représenter les femmes qui ont un rôle central, d’autorité et de référence dans toutes les sphères de la vie. Elle nous rappelle l’archétype de la Déesse, plus particulièrement les déesses liées à la féminité et au pouvoir féminin. L’exemple le plus marquant est celui de Vénus, mais je pense que diverses Déesses peuvent endosser les habits de l’Impératrice. Parfois l’Impératrice sera une personne de votre entourage, une figure maternelle par exemple. Et dans d’autres cas, ce rôle sera le vôtre, que vous soyez femme ou homme. Dans cette configuration, on vous recommandera une approche « gant de velours », ronde, mesurée, douce mais ferme. Une femme de pouvoir reste une femme mais elle sait obtenir ce qu’elle désire en jouant de tous ses atouts.

L’Archétype de la FEMME dans toute sa splendeur

Le féminin est rattaché à divers concepts explorés dans l’Impératrice : passivité, réceptivité, finesse, séduction, charme,… Sexualisée, elle sera une Déesse nue, telle la Vénus de Milo ou carrément plus tentatrice comme Lilith, la Déesse sombre patronne des succubes. L’Impératrice joue de son charme plus que de la force afin de parvenir à ses fins. Pleine de doigté, elle possède la ruse féminine qui permet de compenser les désavantages physiques des femmes face aux hommes. Notre Impératrice se doit donc d’être maline. Mais elle doit également être belle, désirable car la beauté d’une femme est une arme fatale. La coquetterie et les artifices pourront faire partie de son arsenal, tout comme son magnétisme et son charme unique. Les regards chargés d’admiration, de désir ou d’envie se poseront immanquablement sur elle et elle devra en faire une force, assumer sa splendeur de femme de pouvoir et agir en conséquence, telle l’Impératrice qu’elle est. Une Impératrice ne se recroqueville pas en s’excusant à demi-mot, elle s’exprime avec grâce et fermeté et sait que la vie lui doit ses faveurs.



Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell

Dans le Steampunk Tarot, on retrouve le symbole de Vénus, celui de la femme, la couleur rouge luxuriante, symbole d’amour, de passion, de sexualité et également de force. Cette Impératrice est richement vêtue et jouit d’un luxe et d’un confort compatibles avec son rang. Sa nonchalance côtoie le pouvoir étincelant qu’elle manifeste entre ses mains. C’est la fameuse poigne de fer dans son gant de velours. Cette Impératrice vous fixe sans honte, confiante dans le pouvoir de son magnétisme personnel. Elle sait qui elle est et a conscience de sa valeur. Et son ventre arrondi me permet de faire la transition sur l’autre grand archétype qu’elle représente.

L’Archétype de la mère

Féconde et maternelle, l’Impératrice est créative et créatrice par essence. Liée à l’élément de l’eau qui permet toute vie, elle est celle qui donne la vie et en prend soin. Ainsi, on la verra représenter les notions de parenté, de grossesse, de gestation, de fertilité, fécondité, soin et santé. Elle peut prendre soin de toute forme de vie : enfants, animaux, plantes, car elle créé la vie et la protège. Mais elle pourra également représenter la gestation et protection d’un projet, d’une idée précieuse. Son aspect nourricier ne s’arrête donc pas à la thématique de l’enfance et de la descendance. L’Impératrice n’est donc pas toujours votre mère. Après tout, toutes les mères ne rentrent pas dans ce moule Impérial.



Le Tarot des Anges de Doreen Virtue

Dans le Tarot des Anges, l’Impératrice est celle qui prend soin de la vie par excellence. Douce, protectrice, elle impose également le respect au milieu des bêtes sauvages qui ne l’attaqueraient jamais et observent avec émerveillement sa grâce et son rayonnement divin. L’abondance et l’énergie douce se reflètent dans cette carte où de nombreuses formes de vie sont représentées. La cascade d’eau nous le rappelle et montre également que l’Impératrice dans son rôle maternel est celle qui saura vous offrir une oreille et une épaule lorsque le flot de vos émotions vous submerge. Son abnégation permet aux autres de grandir, guérir, apprendre et s’élever.

L’archétype de l’Epouse

L’Impératrice ne serait pas complète sans l’Empereur, son époux. Dans cet archétype de l’épouse, on nous rappelle que tout n’est qu’équilibre, alchimie, entraide, partage, dualité et que l’indépendance totale n’existe pas vraiment. L’homme et la femme ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre et chacun a des richesses inestimables à apporter à l’autre et au monde. L’Impératrice pourra représenter la femme qui s’occupe du foyer tandis que l’Empereur affronte le monde pour faire vivre sa famille. Dans cette perspective, un homme prenant un congé paternité pourrait être cette Impératrice car les genres ne sont en aucun cas limitatifs dans le Tarot.



Le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere

Dans le Tarot Noir, l’Impératrice est celle qui préside sur le monde intérieur, sa salle du trône représentant le foyer, le monde domestique. L’Empereur est celui qui part à l’aventure, mais, tourné vers sa dulcinée, il sait que c’est vers elle que son corps et son cœur vont revenir au terme de ses journées pleines de mondanités et d’aventures.

Qui est votre Impératrice ?

Nous avons tous un idéal d’Impératrice en tête, représentant parfaitement au moins l’un de ces archétypes féminins. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de penser aux Déesses des panthéons païens, images parfaites de tout ce que peuvent être les femmes. Dans le monde physique, je connais quelques Impératrices qui s’ignorent (Mioum, si tu me lis…) et je m’efforce moi-même de m’inspirer des qualités de cette carte. N’ayant malheureusement pas été élevée par une Impératrice, mon instinct de survie m’a fabriqué une mini-Impératrice intérieure, force dans laquelle je puise et que j’essaye de nourrir du mieux possible.


Et si la vie ne vous a pas mis entre les mains bienveillantes de cette charmante créature, soyez votre propre Impératrice !

Une petite vidéo, pour finir, mettant en parallèle Aphrodite et l'Impératrice:






mardi 18 novembre 2014

Quand ma vie commencera-t-elle enfin ?

Frustrante notion que celle de l’attente ? Cette attente infinie que beaucoup d’entre nous avons ressentie ou ressentons toujours. Attendre que sa vie commence enfin. Attendre les circonstances idéales, la providence, la salvation. C’est un sentiment que j’ai longtemps ressenti et dont beaucoup de personnes que je croise souffrent. Que l’on attende le job idéal qui va faire décoller notre carrière, nos finances, notre vie de famille ou l’amour parfait qui nous donnera envie d’escalader les montagnes et nous fera voir la vie en rose, ou tout autre événement idéalisé, nous avons tous connu dans une certaine mesure ce sentiment d’attente. Lorsque l’attente dure trop longtemps parce que la vie a décidé que ce que nous voulions désespérément n’était pas ce dont nous avions véritablement besoin à ce moment précis de nos vies, cette situation peut rapidement devenir toxique, immobilisante, frustrante au plus haut point.

Attendre est une ineptie !

Attendre quoi, attendre qui ? Quel sera le moment idéal ? La situation parfaite ? Le sauveur grandiloquent ? Faut-il forcément les conditions extérieures rêvées pour agir, pour avoir le sentiment que sa vie avance, est sur les rails ? Si vous postulez depuis des mois et des mois, attendant LE poste qui fera tout basculer pour vous et qu’en attendant ce jour béni (ou maudit) vous boudez la vie, restez coincé dans une spirale sans issue où ce but très (trop) précis dévorera jusque la plus infime miette de votre joie de vivre ,de votre envie de faire des projets constructifs, de votre capacité de réinvention. Cette spirale négative née de l’insatisfaction d’une recherche sans fin vous prendra définitivement votre instinct de survie, cet instinct qui parfois nous expulse de la spirale en nous criant « STOP !!! ». Arrêtez d’attendre ! A force d’attendre, vous mourrez en ayant attendu toute votre vie !

Le Monde ne peut rien pour vous si vous ne faites rien pour vous-même et pour le Monde

De nombreuses personnes attendent encore. Elles attendent que le Monde leur soit clément, leur offre ce pour quoi leur cœur soupire. De nombreux célibataires désabusés pensent (à tort) que c’est une tierce personne qui débloquera tout dans leur vie, débarquera sur son cheval blanc avec pour seul but les sauver et les adorer pour le restant de leur vie. En attendant ce fringant rédempteur, nos impatients célibataires se meurent un peu plus chaque jour, se flagellent, se persuadent qu’ils ne sont pas dignes d’intérêt, d’amour, d’attention. Ils croient dur comme fer être de ternes créatures tant que le regard de l’autre ne leur renverra pas une étincelle positive. Ils remettent tout leur pouvoir entre les mains de circonstances extérieures qu’ils espèrent salvatrices. Et chaque jour, ils se demanderont où, diantre, peut bien être cette personne qui vouera sa vie à les aimer.

Vous voulez entendre une vérité cruelle ? Ce sauveur, ange d’abnégation qui ne rêve que de vous extirper de votre tourment, n’existe pas. Pas plus l’amoureux transi que l’employeur providentiel. Cela ne veut pas dire que vous ne trouverez jamais l’amour, un travail satisfaisant, ou tout autre réalisation positive. Cela veut simplement dire que nous sommes tous des monstres d’égoïsme en puissance ! Personne ne se lève chaque matin dans l’espoir de nous sauver de nous-même ! Chacun attend, pour sa petite pomme, les bienfaits de la vie. Employeur Supra Génial et Fringant Sauveur Sentimental attendent eux aussi qu’on les sauve, qu’on les émerveille, qu’on les sorte de leur caca quotidien savamment entretenu par leur propre insatisfaction chronique. Cette somme de personnes attendant d’être sauvées créé un vivier d’âmes torturées, tristes, stagnantes et abusives entre elles. Vous la visualisez maintenant la spirale infernale ?

STOOOOOP !

Pour que l’on ait envie de construire avec vous, vous ne devez pas être un trou noir qui engouffrera tout afin de rassasier son vide personnel, affectif et intellectuel. Vous devez être suffisamment en paix avec vous-même pour donner sincèrement en retour (sans attendre, crispé que l’on vous aime ou vous sauve). Vous ne devez pas être dans un amour conditionnel passif agressif. Vous devez aimer, donner, à 100% pour ce que l’autre est. Et vous devez vous aimer, au moins un peu, ou du moins y travailler un peu chaque jour. On ne peut donner aux autres que quand on se donne à soi-même suffisamment. Et lorsque vous aurez envie de sortir de la spirale, de tendre la main au Monde et de voir ce qu’il se passe, soyez réceptif. Le Monde ne vous donnera peut-être pas ce que votre conditionnement passé frisant le psychorigide exigeait. Et c’est tant mieux ! Aimez-le pour cela ! Aimez le Monde pour ses surprises ! Votre amoureux potentiel n’est pas un fringant sauveur ? Il a des plaies, des attentes excessives, des blocages ? Aimez-le quand même ! Pas pour ce qu’il peut potentiellement vous donner ou vous offrir. Aimez-le avant tout pour ce que vous pouvez lui offrir et construire ensemble (ou pas). L’attente boudeuse chronique pousse trop souvent à des relations déséquilibrées où l’on s’enflammera démesurément dans les prémices de la relation (MON SAUVEUR !!!) puis être sauvagement déçu par l’autre qui ne remplit pas notre cahier des charges de monstre d’égoïsme ( QUOI ? Toi aussi tu es brisé/cassé/déçu/boudeur ? Je retourne de ce pas dans ma petite spirale chérie…). Dites-moi, amis boudeurs, ne rejetez-vous pas chez l’autre vos propres défauts qui vous sont renvoyés par effet de miroir ? Au lieu de chercher chez l’autre les idéaux et les pires failles, regardez en vous ce qui est beau tout comme ce qui est laid. Aimez la beauté que vous y aurez trouvée et cherchez à guérir ce qui ne vous convient pas. Vous ne pouvez pas changer l’autre. En revanche vous pouvez contrôler votre vision du Monde et vos attentes.

Soyez votre propre Sauveur Fringant Providentiel Supra Génial !

Je vous en conjure ! Ne repartez pas dans cette satanée spirale ! Dans cette attente aigrie qui nécrose votre patience, vos nerfs et votre cœur. Sauvez-vous vous-même ! Commencez votre vie dès maintenant ! Pas demain, maintenant ! Acceptez de laisser partir le rêve idéal, le sauveur imaginaire. Lâchez prise pour avancer. Le commencement ne sera pas forcément grandiloquent, il pourra être un geste simple, symbolique. Mais si vous pouviez seulement mesurer la puissance de ces gestes simples, de ces résolutions fermes. Ces manifestes de survie dont nous accouchons en brisant l’attente toxique. Un pas à la fois, un pied devant l’autre, un sentiment, une phrase écrite sur un papier, une promesse à soi-même, à un proche. Votre manifeste est plus drastique et effrayant ? Qu’à cela ne tienne, bravo à vous ! Et bravo à vous aussi qui n’avez formulé qu’une silencieuse promesse au saut du lit ! Aujourd’hui vous déposez les bagages et vous entamez votre voyage, celui qui vous emmènera loin, vers les surprises que le Monde vous réserve, loin de cette spirale qui tourne inlassablement.


Aujourd’hui est le premier jour de votre vie. 



mardi 4 novembre 2014

Taroculte 2: La Papesse ou Sorcière Dévoilée

La carte de la Papesse ou Haute Prêtresse est  l’une de mes grandes préférées dans le Tarot. Personnage improbable, la Papesse cache bel et bien l’identité de la Sorcière puisque le Pape ne peut qu’être un homme. Qui est donc, autre que la Sorcière, la femme en contact direct avec le mystique ? Mais, figure féminine inquiétante et sulfureuse, la Sorcière a dû s’assagir, se policer dans le jeu du Tarot. On la rattacherait plus volontiers au Pape dans les cartes masculines alors que, selon moi, la Papesse est le pendant intuitif et réceptif du Magicien ou Bateleur. Dans mon système de valeur, cette carte s’appelle « La Sorcière », point barre ! Elle peut être tantôt une mystique, une païenne, une medium,… Un personnage secret, paré de mystère et d’obscurité.

Mystère, Connaissance et Esprit…

Cette figure féminine étrange est souvent représentée à proximité d’un voile. Le fameux voile que nous essaierons de percer mais dont seule la sorcière détient le secret. Quand le fou marche entre les mondes, la Papesse/Haute Prêtresse traverse le voile des mondes avec aisance. Elle maîtrise les voyages astraux et la transmission de pensée. Elle est entourée d’objets mystiques  permettant de communiquer avec les puissances invisibles : livres sacrés, fioles de liquides étranges, boules de cristal, cartes divinatoires,… Elle est la messagère de l’au-delà. Elle ne fait pas que représenter le mystère. Elle EST le mystère. Son dévouement est profond. Elle dédie sa vie au travail spirituel par la lecture et la pratique des arts cachés. La peur lui est interdite car celle qui est en contact avec l’invisible se doit d’être valeureuse en toute circonstance, le cœur bien accroché, les yeux grands ouverts.

Elle seule est porteuse d’un savoir aussi obscur. Nous brûlons de partager sa connaissance mais en avons également peur. Jamais elle ne partagerait les secrets de sa sagesse. Se fiant à son intuition avant toute chose, elle peut lire en nous et savoir si nous sommes dignes de confiance. Si, d’aventures, elle nous confiait une parcelle de sa divine connaissance, il ne s’agirait bel et bien que de la partie émergée de l’iceberg et sans la clé mystique pour en déchiffrer les symboles, nous ne pourrions rien en faire.

Intouchable, silencieuse, humble, contenue, elle semble inaccessible. Elle n’est qu’esprit. La matière a beaucoup moins d’importance à ses yeux que l’éther. Elle est presque vaporeuse, comme un mirage, une hallucination. Est-elle vraiment là ? Son aspect distant la rend quasi virginale, stérile et frigide dans ses aspects les plus sombres. Elle est, selon moi, un des personnages les plus fantomatiques et fantasmés du Tarot.



Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell

Dans le Steampunk Tarot, la Haute Prêtresse est la représentation typique de la diseuse de bonne aventure. Elle reçoit les messages mystiques et vous les délivre. A vous, ensuite, de comprendre entre les lignes car la véritable mystique gardera toujours une pointe de mystère dans son discours. Cette représentation est très réceptive.



Alice Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov

Dans le Alice Tarot, la fillette traverse le voile du mystère avec dextérité en passant de l’autre côté du miroir. Réalité et imaginaire se percutent et se fondent. Quel est le monde derrière le voile ? Le rêve, le jeu ? Cette représentation est davantage active, en mouvement, dans l’expérimentation.



Bohemian Gothic Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov

Dans le Bohemian Gothic Tarot, l’autre monde avec lequel la Prêtresse communique nous inquiète. Est-ce le paradis ou l’enfer ? Le voile la recouvre presque intégralement. Une étrange fiole semblant contenir du sang trône dans ses mains. Que va-t-elle faire avec ce mystérieux élixir ? Les piliers en arrière-plan rappellent le Temple de Salomon, lieu sain autour duquel nombre de spéculations ont nourri les récits. Il semblerait que le Temple ait été bâti avec l’aide de démons dont Salomon aurait pu prendre le contrôle grâce à une mystérieuse bague…  Un pilier est dans l’ombre, l’autre dans la lumière, signe de la dualité de notre héroïne et de notre incapacité à déterminer son essence véritable. La Haute Prêtresse connaît sans doute la vérité suprême mais jamais elle ne nous en dévoilera le fin mot.

La loi du silence

La Papesse ou Haute Prêtresse apparaît souvent pour nous rappeler de garder le secret sur certaines choses. Elle rappelle aussi que nous avons un grand pouvoir caché et qu’il est plus sage de ne pas trop dévoiler ces forces intérieures aux non-initiés. Tout le monde n’est pas capable de comprendre et c’est très bien comme ça. Alors CHUUUUUT…

Ma vidéo sur la Grande Prêtresse/Papesse:


 


vendredi 17 octobre 2014

Taroculte 1: Le Magicien, Bibidi Bobidi Bou !

Oyez, oyez, braves gens ! Venez découvrir le personnage suivant dans la riche galerie du tarot, le Magicien ou Bateleur.  Cette carte est chère à mon cœur car elle est celle de mon chemin de vie. Alors, en avant, MAGIE !

On n’est jamais aussi seul que sous les projecteurs !

Portant le numéro 1, ce nouveau héro est marqué par ce chiffre très connoté en numérologie. Le magicien marchera donc seul, de façon déterminée et endurante, porté par sa vision de leader et son goût bien vécu pour une certaine forme de solitude et d’indépendance. Le numéro 1 est souvent seul même quand il est accompagné. Un éternel incompris ! Cela nous renseigne déjà pas mal sur l’état d’esprit du magicien, personnage énigmatique qui communiquera avec nous sans jamais vraiment nous inviter dans son monde. Il fait le show, il EST le show. Il est celui que l’on regarde, le démonstrateur, voire même le vendeur. La scène de la vie lui appartient. Et nous ne sommes là que pour être témoins de ses prouesses mais jamais pour y participer totalement.

ABRACADABRA !

Faisant suite au Fou qui vivait plus dans son imaginaire et ses rêves, le Magicien nous parle davantage de potentiel, se rapprochant d’un cran de l’action, du concret. Le magicien expérimente quand le Fou ne fait encore que croire. Il peut donc tour à tour n’être qu’un apprenti sorcier ou un mage expert. La notion de débutant lui colle toutefois à la peau, placé ainsi à la tête des personnages du Tarot. C’est pourquoi je considère que le magicien doit faire ses preuves, que rien ne lui est acquis et qu’il doit travailler dur. Faire de la magie n’est pas si simple !
Alors quel type d’animal est notre magicien ? Est-il vraiment magique ? Ou n’est-il qu’un imposteur ? Je vous répondrai bien les deux, selon l’imagerie choisie dans le tarot, la configuration du tirage et le terme employé entre bateleur et magicien. Sera-t-il du style à sortir un lapin blanc de son chapeau ou plutôt vous entourlouper pour prendre votre argent ?  Bonne question !




Le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere


En effet, dans les jeux de type Tarot de Marseille nous aurons droit à un bateleur, amuseur de foire pour qui la magie rime avec tours de passe-passe et supercheries. Il garde un côté « bouffon » que le fou lui a légué. Plus roublard en revanche, il fera de son potentiel à faire le pitre un véritable gagne-pain et pourra tour à tour revêtir les costumes de saltimbanque ou d’arnaqueur… La table derrière laquelle il se place peut être interprétée comme une séparation entre lui et le monde, une scène sur laquelle il fera montre de prouesses, voire même une protection l’aidant à mieux dissimuler ce qui ne doit pas être compris du public non averti.




Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell


Dans les tarots plus modernes, de type Rider-Waite Smith, le magicien est celui qui a vraiment la capacité de faire de la magie dans le sens sorcier du terme (« magick » en anglais). Il a le pouvoir de manipuler les énergies de l’univers afin de manifester sa volonté dans le réel. Il est un vrai mystique qui ne s’est pas arrêté à la théorie mais met bel et bien en pratique son savoir. Il est donc celui qui a du savoir-faire. Sur le Steampunk Tarot, je ne peux m’empêcher de remarquer la ressemblance frappante de notre protagoniste avec le regretté Anton Lavey, fondateur de l’Eglise de Satan (Le Diable ai l’âme de ce brave homme !). Choix quelque peu subversif de l’illustrateur ou extrapolation de ma part ? Dans tous les cas, cela me laisse à penser que ce magicien pourrait bien nous transformer en crapaud si on le prend à revers. Il inspire bien plus de peur, de méfiance et de respect (forcé ?) que le bateleur du Tarot Noir.

Bateleur, Magicien : même combat ?!

Malgré leurs différences, l’arnaqueur comme le vrai mage partagent un arsenal commun. Chacun dispose d’un outil représentant chaque élément : le couteau ou l’épée pour l’air, le bâton ou la baguette pour le feu, le gobelet ou la coupe pour l’eau et la pièce ou le pentacle pour la terre. Equipement, somme toute, normal pour tout mystique pratiquant qui se respecte mais un tantinet élaboré pour un simple amuseur de rue, non ? Cela me laisse croire que le bateleur, sous son air inoffensif et peu sérieux, pourrait bien être un mage véritable, détenteur de talents secrets. N’a-t-il pas d’ailleurs les jambes croisées, le regard fuyant, signes de la dissimulation dont il fait preuve. Les deux compères ont bien une main levée et une main baissée, portant un objet réceptif d’une main et un objet actif de l’autre. Autre sujet de suspicion à l’égard du simple bateleur ! Tel Baphomet, il pointe vers les deux directions, les deux voies du sorcier : la voie de la main droite (lumineuse) et celle de la main gauche (sombre). Il indique également qu’il a conscience que toute chose est « en haut, comme en bas » (As above, So below), postulat se retrouvant dans les sphères ésotériques de tous poils. J’ai tendance à penser que ces deux mains pointant dans deux directions ne sont pas forcément l’invitation à faire un choix mais plutôt une marque d’équilibre. Le bien et le mal ne riment à rien, tout comme la magie blanche et noire. La magie n’a pas vraiment de couleur. Cependant, manipuler les énergies à son avantage pourrait sembler sombre par essence, rendant notre protagoniste controversé par essence ! Le magicien nous rappelle que dans la vie, comme en magie, tout est question d’intention et que nous sommes faits de lumière comme d’ombre. Il est de ceux qui ne suivent ni la main gauche ni la droite mais répondent sans équivoque « j’ai deux mains, pourquoi voulez-vous que je choisisse ? ». 

« Use the Force, Luke… »

Pour moi le magicien, est le talentueux, celui qui a le potentiel, les capacités. Il est un créatif qui applique ses idées par l’expérimentation. Le symbole de l'infini orne sa tête tout de même! Lui-même n’a pas toujours conscience de sa valeur et un bienveillant mentor devra sans doute intervenir pour le reconnecter à ce potentiel débordant et lui permettre de le développer. Le magicien nous rappelle donc qu’il n’est jamais bon de laisser ses talents enfouis ou de les gâcher en suivant une voie qui n’est pas pour nous. L’amuseur de foire ne serait-il pas fait pour jeter des sortilèges grandiloquents ? De la même façon, nous pouvons nous retrouver dans ce magicien lorsque notre rêve, celui que nous avons nourri avec le Fou, nous appelle et nous déchire. C’est un rappel à l’ordre nous intimant de manifester nos talents plutôt que de gâcher notre potentiel dans des choses tièdes et sans issue.


samedi 11 octobre 2014

Taroculte 0: Le fou ou comment sauter à poil dans le chaudron

Je me lance dans l’étude des arcanes du Tarot afin d’approfondir ma réflexion sur cet art qu’est la cartomancie et vous faire profiter de mes questionnements.

Commençons donc par le Fou. Le fou ? Oui, le dingue, le marginal, l’infréquentable, le vagabond, le va-nu-pieds ! Comme je l’aime ce cher ami ! La première carte du Tarot, affichant parfois le numéro « 0 » porte en elle tous les possibles, tous les chemins. C’est l’enfant qui a la vie devant lui, voire même le fœtus en gestation. C’est aussi le chaos primordial nécessaire à toute création. C’est le Big Bang, l’étincelle, l’idée qui germe, la puissante lumière qui insuffle une nouvelle trajectoire, l’énergie pure, sans limite, l’âme elle-même qui apparaît en nous sans que nous ne puissions l’expliquer. Cette notion de début, de commencement, de possibilités infinies, nous l’avons tous connue et vécue. Nous avons tous été un « fou » et nous portons en nous tous un fou qui sommeille.

Si je devais dégager trois archétypes grâce au Fou, je citerais l’Enfant, le Voyageur et le Marginal. Afin d’illustrer ces idées, trois tarots m’ont inspirée : Le Alice Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov, le Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell et le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere.

L’enfant


Alice Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov

Alice nous ramène à notre enfant intérieur, son insouciance, son innocence, sa jeunesse. Capable d’un émerveillement sans borne, l’enfant intérieur est un enthousiaste. Il suit sa curiosité dévorante. Il est celui que Don Miguel Ruiz décrit dans son ouvrage « The Four Agreements » comme l’être débridé et sauvage qui n’a pas encore été conditionné par l’éducation. Vous savez, ces enfants qui se mettent à crier joyeusement sans raison apparente, comme possédés par quelque lutin farceur, ces enfants qui disent ce qu’ils pensent sans peur de vous froisser, qui s’expriment comme jamais plus ils ne pourront le faire. L’enfant intérieur obéit à ses pulsions, ses lubies, l’envie du moment. Il est en action, plein d’une énergie débordante. Mais l’action ne le définit pas entièrement car c’est aussi un rêveur qui vit dans ses fantasmes. Alice au Pays des Merveilles relate bien les évènements d’un rêve après tout. Et cette Alice, qui court après le lapin blanc, prête à sauter dans l’inconnu, elle est prête à commettre un acte de foi que peu d’adultes sauraient faire. Seul un enfant est capable d’un tel abandon, d’une telle grandiloquence dans ses actes.

Cependant, ce saut dans le vide n’est pas sans danger. Vous connaissez l’expression « sauter dans la gueule du loup »? Alice n’est pas sans rappeler un certain Petit Chaperon Rouge… L’enfant intérieur manque donc de sérieux, d’expérience de la vie, de sagesse. C’est cette inconscience du Fou qui inquiète l’être raisonnable et civilisé.

Le voyageur


 Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell

Ce vagabond a le sourire aux lèvres. Où qu’il aille et quoi qu’il fasse, il va, la fleur au fusil. Peu importe qu’il soit pauvre, il ne se sent pas misérable pour autant. Sa richesse est intérieure. Citoyen du monde, il n’a pas de nationalité, pas de limite, ni de frontière. Il est à l’aise partout. Tous les chemins lui appartiennent. Il est libre plus qu’aucun autre être humain. Il adore les nouveaux départs. Peut-être même est-il lui-même ce nouveau départ, cette possibilité infinie de voyages physiques comme imagés. Il est un funambule marchant sur le toit du monde, regardant la vie du haut de ses rêves, de son romantisme sans borne. Il voit la magie qui se profile derrière un ciel étoilé et une aube timide. Sa capacité d’émerveillement emplit sa perception de positif, de vie, de goût pour l’aventure. Quand se passe cette scène ? Avant l’aventure ? Entre deux voyages ? Et pourquoi ne serait-ce pas le moment entre deux incarnations, la transition entre deux vies ? Et qu’importe où il va ce jeune fou puisqu’il semble apprécier le voyage plus que la destination. L’important pour lui est d’avancer.

Tout cela semble toutefois un tantinet idéaliste, n’est-ce pas ? Dans tout mouvement, existe un revers de fortune. Ce Fou ne serait-il pas aussi en  fuite ? Ne serait-il pas un lâche, un personnage ayant des soucis avec la justice ? Son côté sans attache ne lui confère-t-il pas des intentions vides de sens et une instabilité le rendant peu fiable ? Est-il l’avortement avant tout début possible ?


Le marginal


 Le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere

Ha! Le voici notre Fou dans toute sa splendeur ! Il est son propre maître et vit la vie comme il lui chante. Il est un joyeux bougre, dépourvu d’agressivité apparente qui jouit de l’existence en se fichant du qu’en dira-t-on. Il est celui qui dit tout haut « je suis bizarre et je vous emmerde ! ». Ha, Fou, je t’aime ! Le bonheur simple lui appartient. Qu’il soit un simple randonneur ou un véritable clochard, il va de l’avant. Il marche d’un pas décidé vers le futur, vers sa destinée. Il est de ceux que personne ne prend guère au sérieux. Grave erreur ! Ces cinglés sont ceux qui ont le plus de chances de connaître un succès retentissant (et malheureusement aussi un échec cuisant – Barbecue de Fou, droit devant !). Mais pourquoi a-t-on plus de chances de réussir en étant Fou ? Parce que le Fou est celui qui essaye, tout simplement. Ce Fou est décomplexé, n’obéit à aucune limite, aucun interdit. Quelle liberté intellectuelle ! Il est un véritable illuminé, vu comme un malade par la société et ayant pourtant atteint la très recherchée illumination. Il est aussi un personnage magique, mystique. Sa coiffe ornée de trois grelot rappelle en effet le pouvoir du chiffre trois, la sainte trinité.

Un détail attire cependant mon œil diablotin : la petite tête de Diable ornant l’extrémité de son baluchon. Inquiétant avertissement ou joyeuse transgression ? Ce personnage instable peut sembler inquiétant. Baigne-t-il dans des sphères occultes sombres ? Est-il un ami du Diable, un adepte sataniste ? Ou est-il le Diable en personne, déguisé en farfelu bouffon afin de ne pas attirer la suspicion du bon peuple ? Ainsi dissimulé, il pourra sévir de façon bien plus aisée, brutale et inattendue !

Ce que tous les Fous ont en commun

Parmi tous ces fous, on remarque un genre peu marqué afin que chacun puisse s’identifier, que ce soit à l’enfant qu’Alice représente, ou aux deux vagabonds androgynes dépeints dans le Steampunk Tarot et le Tarot Noir. Son baluchon est sa maigre expérience, son bagage personnel. L’animal qui apparaît à ses côtés peut être perçu comme un fidèle compagnon, brisant la solitude du Fou et exprimant sa préférence pour les créatures animales par rapport au genre humain plus austère. Peut-être cet animal est-il aussi un ennemi, un poursuivant, une gêne, un enquiquineur qui met en avant les dangers qui nous attendent au lieu de nous encourager. Serait-il une représentation de la société, toujours inquiète face aux Fous ? Cet animal peut également être le déclencheur de l’action, le guide, comme le lapin blanc qu’Alice tente de rattraper. Ou bien, tel un Jiminy Cricket bienveillant, est-il la conscience du Fou, agissant tel un ange gardien ? Une idée me séduit particulièrement, celle de l’ami imaginaire, inventé de toute pièce par notre bien aimé Fou. Peut-être que cet animal est la matérialisation des peurs et espoirs du Fou, hypothèse remettant en question l’apparente insouciance de notre héros. Et comme tout le monde, le Fou serait capable de douter.

Dans le pire des cas, cette carte nous parlera de pure folie, d’inconséquence, de désordre. Le Fou est autant Ombre que Lumière.

Comme dirait le Cheshire Cat : « tout le monde est fou ici » !

Le fou n’est-il pas celui qui a raison ? Le sage qui a parfois le sentiment d’être le seul être humain sain d’esprit dans une société faite de dingues, tout comme Alice qui, au Pays des Merveilles, aura l’impression d’être le seul être raisonnable face à un véritable défilé d’hurluberlus. Du point de vue du Fou, ce sont ceux qui ne suivent pas leurs rêves et leurs instincts, ceux qui se conforment à des systèmes extérieurs à eux-mêmes qui sont bel et bien fous.

Le Fou est celui que les autres n’ont eu de cesse de critiquer, celui dont on s’est moqué, celui qu’on a tenté de bizuter. L’insaisissable marginal qui a refusé de suivre le troupeau. Il est aussi celui que tous critiqueront de ne pas accepter l’ordre établi, celui à qui tous répéteront « mais, tu ne peux pas être comme ça, agir comme ça, penser ça » et ce sont ces mêmes rabats joies qui le porteront aux nues le jour où, porté par sa flamme intérieure, il accomplira quelque chose d’exceptionnel, deviendra un artiste reconnu, un auteur génial, un entrepreneur à succès.


Et que serait un monde sans Fou après tout ? Un monde où aucun dingue ne souhaiterait prendre un risque, se mettre à nu et sauter joyeusement à poil dans le chaudron bouillonnant de la vie ? Un monde dans lequel je ne souhaiterais certainement pas exister…