lundi 18 août 2014

La Bande Originale de ma vie Partie 1 : Dans les bras de l’Ange

Parfois, des éléments de la culture populaire ont réussi à nous forger, réalisant un travail bien plus qualifié que l’éducation parentale ou scolaire. Ces petits chefs d’œuvres intimes occuperont à jamais une place toute particulière dans notre âme, qu’il s’agisse de cinéma, de télévision, de chanson ou de toute autre forme d’art grand public. Nous ressentirons toujours un plaisir nostalgique à revisiter ces « éducateurs choisis », ces machines à remonter le temps à bas coût. Pour moi, Sarah Mclachlan fait partie de ces inattendus professeurs de la vie. Cette chanteuse immensément célèbre outre-Atlantique (ne pas la connaître là-bas équivaut à vivre dans son sous-sol, déguisé en Inuit en mode survivaliste) m’a accompagnée depuis l’âge de 14-15 ans et ne m’a jamais quittée depuis. Cette période de ma vie ayant été, disons, difficile, je garde avec un délectable plaisir masochiste le souvenir de ces moments, assise par terre dans ma chambre d’adolescente, à broyer du noir avec la bande-son qui rend toute séance de déprime absolument délicieuse… Vous l’aurez compris : amateurs de mélodies « youpiya » et « pump it up », passez votre chemin !

Bien. Maintenant que nous ne sommes plus qu’entre masochistes musicaux, nous allons pouvoir approfondir le sujet ! J’ai découvert cette Artiste merveilleuse grâce aux nombreuses apparitions de ses chansons dans les séries américaines de ma jeunesse. Peut-être l’avez-vous entendue sans le savoir aux détours d’un épisode de Buffy, Charmed, Felicity ou Roswell… En général dans les scènes où, vicieusement, les scénaristes voulaient vous faire pleurer. Bien évidemment, ils pouvaient avoir recours à d’autres artistes pas trop mauvais dans ce registre. Mais lorsqu’il était impératif que l’auditoire ait la lèvre tremblante et la goutte au nez, c’était toujours Sarah la championne. D’ailleurs, Sarah, si tu me lis, je vais t’envoyer la facture de mouchoirs en papier. Je peux t’assurer que pour 16 ans à écouter ta musique, tu vas payer cher ma vieille !

Séance de rattrapage pour vous, amis Inuits survivalistes souterrains ou simples Français…



Sarah est une chanteuse de soft rock canadienne qui a sorti son premier album en 1988. J’avais alors quatre ans et je me fouette chaque jour que font les Dieux d’avoir été trop occupée à me dandiner sur l’album des Schtroumpfs à l’époque pour découvrir cette enchanteresse musicale. Bref, cette erreur de jeunesse rattrapée quelques dix années plus tard, je pénétrais enfin dans l’univers fascinant de cette artiste.

Son plus grand succès, issu de l’album « Surfacing » (excellent cru) est la chanson emblématique du film La Cité des Anges avec Nicolas Cage et Meg Ryan, Angel. (Un autre moment télévisuel pour lequel Sarah va chèrement rembourser…) Elle compte en 2014 sept albums studio dont un fantastique opus sorti cette année. Elle est également connue pour la création du Lilith Fair, le premier festival musical ne réunissant que des artistes féminines, qu’elle a créé contre vents et marrées (comprendre gros machistes et autres réactionnaires de la pire espèce…) et qui reste à l’heure d’aujourd’hui un des plus gros festivals musicaux en Amérique du Nord. Et Tac ! Malgré sa notoriété qui rendrait le plus humble d’entre nous mégalomaniaque à ne plus pouvoir en respirer, elle a su rester une personne très discrète, à la limite du « trop normal »… Mais quand on découvre sa musique, la normalité n’est plus là, la grâce vous touche et vous comprenez que les plus beaux élixirs sortent des fioles les mieux cachées.

Il est difficile de vous dire avec précision de quoi parlent les chansons de Sarah, leur poésie étant pour le moins abstraite et même, parfois, à la limite de l’ésotérisme. Toutefois, qu’elle pense à un ex-amant, à son petit chien mort quand elle avait 5 ans ou à sa première paire de chaussettes, quand elle écrit ses chansons, Sarah laisse le champ libre pour s’approprier le sens profond de chaque morceau. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles je la vénère ! Certaines chansons pourront toucher diverses personnes en plein cœur alors que chacune aura un vécu totalement différent. A vrai dire, Sarah m’a permis d’exorciser pas mal de démons personnels. C’est l’une des chanteuses les plus « psy » que je connaisse. Elle m’a également permis de manquer m’étouffer – que dis-je ? avoir carrément une attaque - lorsque, lors d’un déplacement professionnel, j’ai découvert que ma collègue fraîchement rencontrée (et désormais meilleure amie) était une fan incontestée de la nommée Sarah (nous sommes au moins deux en France). Rendez-vous compte. C’est un peu, pour deux jeunes françaises, l’équivalent de se découvrir une passion commune pour le cinéma indépendant extra-terrestre ! (« Quel est ton réalisateur préféré ? » ; « ¤3#£* ! » ; « MOI AUSSI !!!! »).

Dans ma grande générosité et envie de vous voir, vous aussi, chialer comme des bambins, le postérieur vissé à la moquette de votre chambre, je partage avec vous le fin du fin, mon top 5 des chansons de Sarah qui ont participé à façonner ma vie :

Fear
Le morceau le plus extra-terrestre de toute sa discographie. Cette chanson me parle des peurs et angoisses qui nous empêchent de nous réaliser. De la poésie à l’état pur.



Full of Grace
Cette chanson vous évoquera tantôt une rupture, tantôt une nécessité de lâcher-prise et parfois l’envie irrépressible d’abandonner. Mélancolie, quand tu nous tiens ! Sarah, fais-moi mal J



Elsewhere
Une ode à tous les incompris de cette planète, et je sais que nous sommes nombreux ! L’introvertie que je suis se sent un peu moins seule grâce à cette chanson.



Answer
Un peu plus d’espoir dans ce morceau car il est question de relations inconditionnelles, de soutien indéfectible… Mais seule Sarah réussit à transformer quelque chose de « youpiya » en « Chère Madame Kleenex, cliente VIP chez vous, j’aimerai connaître vos prix de gros… »



Turn the lights down low
Il est question ici du réconfort que l’on peut chercher et trouver dans l’obscurité. Et l’obscurité, j’adore ça nom d’un chien !



AVERTISSEMENT


Cette artiste n’est cependant pas à mettre entre toutes les oreilles ! Dépressifs de stade élevé et candidats pour un double suicide, s’abstenir ! J’aimerais également mettre en garde contre un bouche à oreille trop massif car j’avoue pompeusement apprécier ce sentiment de pseudo-exclusivité dont nous jouissons, nous autres fans français, loin du matraquage médiatique et de l’exposition à outrance. Une fois que ce que l’on aime appartient à tout le monde, c’est tout de même moins spécial… Appréciez donc cet Ange tombé du ciel avec l’émerveillement qu’il se doit mais ne chantez pas trop fort ses louanges ! Des Inuits pourraient vous entendre…


mercredi 13 août 2014

La femme, cette misogyne ?!

Flânant régulièrement sur le fameux réseau social commençant par un « F », je suis quotidiennement surprise par la férocité des commentaires émis par la gente féminine en réaction à des news du genre « Les photos de l’actrice (disons Choupinette) tout juste 1 mois après l’accouchement ! ». Bien entendu, la nommée Choupinette  pose, glorieuse, moulée dans un scandaleux  accoutrement taille 36 (dans lequel elle flotte, la chipie !), un outrageux sourire plaqué d’une oreille à l’autre suggérant un « vous avez vu, bande de grosses vaches ? » en général très mal reçu… Vient ensuite le festival de commentaires au vitriol : « Moi je la trouve vulgaire ! » (jalouse…), « Moi je n’ai pas de coach sportif, cuisiniers, diététiciens et nounous personnels ! » (fauchée…), sans compter les accusations de chirurgie esthétique (moche, jalouse ET fauchée…) toujours en scandant « moi, je n’ai pas… moi je ne peux pas… nous, les femmes normales…, Pauvre de moi, moi, moi !!! »,  pour finir par les « SALOOOOOOOOPE !!!!!! » hystériques et autres noms d’oiseaux retentissants.  Tous ces commentaires, émis par des femmes. Des femmes pour les femmes. Ou plutôt des femmes contre les femmes.

Alors qui blâmer ? 

Ces pauvres âmes qui, elles, s’habillaient en 42, ont pris 25 kilos par grossesse, en ont reperdu 3.5 et qui travaillent dans un morne bureau loin des strass, paillettes et coaches à domicile ? Ou Choupinette ? Cette privilégiée dont le travail est un jeu mais dont chaque fait, geste et millimètre carré de peau est inspecté à la loupe et jeté en pâture au monde entier dès qu’elle sort à la lumière du jour (« tu voulais être célèbre ? Félicitations ! Maintenant ton cul appartient à tout le monde ! ») ? Ou bien les médias, ces rapaces suceurs de moelle qui exploitent chaque blessure d’égo pour encourager la consommation à outrance (« Toi, pas être comme Choupinette ? Toi, acheter  XLS-Perlimpinpin ! Toi, devenir méga Choupinette en 2 semaines seulement* ») 

*Dans le cadre d’un régime draconien, comptant 5 séances de cardio quotidiennes et 3 saignées hebdomadaires pour 7 secondes d’efficacité avant reprise de poids totale et irréversible.


J’ose crier au cercle vicieux ! J’ose blâmer chaque maillon de la chaîne ! Choupinette, honte à toi ! Madame taille 42 +25 kg -3.5 kg, honte à toi ! Rapaces suceurs de moelle, honte à vous ! Cessons cette folie ravageuse de confiance en soi et de solidarité !

La femme est un animal étrange, voyez-vous ? Considérée comme l’inférieure de l’homme une éternité durant, à peine constate-t-elle les prémices d’une émancipation et d’une parité que la voilà sautée à la gorge de ses semblables, les rabaissant avec application et acharnement au rang de putains désœuvrées et superficielles. Plus virulente, vindicative et misogyne qu’aucun homme avant elle depuis la Création, elle va tenter de zigouiller toute compétition, pensant soulager ainsi sa très petite confiance en elle, ne se rendant pas compte qu’elle empoisonne son propre aquarium. La vérité est que la femme a mal. Elle est blessée, prostrée, meurtrie. Elle croule sous le poids de l’idéal ridicule qui caracole en couverture de chaque feuille de choux qu’on ose appeler « la presse féminine ». Féminine ?!! Ces ramassis de néant intellectuel faisant la part belle aux désordres alimentaires de tous poils et glorifiant des gamines anorexiques et starlettes accrocs aux régimes « pot de bébé » n’ont absolument rien de féminin. Ces médias torpillent la féminité, la diminuent, la complexent, la culpabilisent, l’isolent et la piétinent jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’elle que cette bile acide que chacune répandra copieusement sur ses congénères jugées « menaçantes ». La femme va mal. Au lieu de vouloir se serrer les coudes pour s’en sortir plus grande, elle se tasse, se rabaisse, et crache sur l’autre. 

Sommes-nous conditionnées par nos mères qui n’ont pas toutes été des modèles de bienveillance et d’amour (cet autre idéal qui cause tellement de ravages…) ?  Est-ce que Maman, sans s’en rendre compte, nous a reléguées au rang de rivale dès nos premières années, nous disputant l’attention de Papa, ou nous préférant le petit frère plus affectueux et répondant mieux à ses attentes maternelles Oedipiennes ? A-t-elle été mal aimée ou marginalisée par sa propre mère, créant ainsi une chaîne infernale de matriarches  qui semblent tant vous aimer mais vous renvoient pourtant une effroyable image de vous-même.

Sommes-nous victimes de mimétisme, prenant le relais des anciennes générations d’hommes qui ne nous voyaient que comme des créatures servant à satisfaire leurs besoins primaires. Femme, fais la vaisselle ! Femme, nourris-moi ! Femme, déshabille-toi ! Mais surtout, femme, tais-toi ! Les mâles d’aujourd’hui ayant presque tous abandonné cette oppression épuisante nous auraient-ils passé le flambeau de l’assujettissement féminin ? Il faut bien que quelqu’un s’en occupe, nom d’un petit bonhomme ! Ces démones pourraient bien prendre le contrôle de la planète si personne ne les en empêche ! En effet, que se passerait-il si, encouragées dans nos capacités mentales, physiques et intellectuelles, nous réussissions cet exploit de nous sentir libres ? Libres de tout jugement. Libres de tout dictat. Libres de toute entrave ? Intéressante perspective… Mon opinion est que la femme est sa propre ennemie. Mais les femmes qui se rabaissent, s’injurient, se condamnent ne sont après tout que de viles gamines. Donc la vraie femme est ailleurs.

Qui sont les vraies femmes ?

Les vraies femmes s’entraident, se soulèvent, se secourent. Elles font front. Elles refusent le cercle vicieux et le status quo. Elles sont telle la Justice, droites et implacables, prêtes à tomber avec fracas sur quiconque oppressera la féminité. Voilà qui sont les femmes. Elles ne se taisent plus lorsqu’une autre femme souffre. Elles comprennent lorsque l’une d’entre nous appelle à l’aide. Mais surtout, elles considèrent que la victoire d’une femme est la victoire de toutes les autres. Elles ne se sentent pas menacées par la beauté et l’affirmation de leurs semblables mais fières, admiratives et motivées à en faire autant. Elles ne sont pas de faibles créatures aigries qui cultivent la médiocrité autour d’elles afin de ne pas avoir à souffrir la comparaison. Elles sont fortes, bienveillantes et solidaires ! Elles sont ambitieuses et ont soif de s’améliorer. Jamais elles ne se limitent. Jamais elles ne s’apitoient. Leurs faiblesses leur servent à apprendre et non pas à se culpabiliser. 

Alors, amies féminines, la prochaine fois que vous verrez une femme resplendissante de beauté ou de succès, exclamez-vous « bravo ma sœur ! » et sentez-vous grandie par cette expérience.

Carte extraite du Ceccoli Tarot