vendredi 12 septembre 2014

La Bande Originale de ma vie Partie 2 : Antichrist Superstar

Je vous ai récemment fait découvrir la part « Ange » de mon univers musical. Vous avez dû penser que j’étais une créature de lumière éblouissante, un être vaporeux, sensible, compatissant. Vous m’imaginiez déjà, trônant sur un petit nuage molletonné, entourée de chérubins jouant de la harpe, n’est-ce pas ? Hi hi hi…

Oui, je ricane, à la pensée de vous avoir ainsi induits en erreur, tout en me grattant les côtes avec ma petite fourche et me réchauffant le museau à proximité des flammes. J’ai depuis déjà pas mal de temps résilié mon abonnement pour garer mon nuage dans les altitudes et il faut avouer qu’ils n’ont pas été très contents là-haut. Mais, par chance, je me suis trouvé un nid bien douillet tout en bas, là où il fait toujours bien chaud et où aucun crétin joufflu ne viendra jouer de la harpe de façon importune à deux pas de vous…

Je ne renie pas ma part lumineuse mais il faut bien se rendre à l’évidence ! Ma part d’ombre est bien plus dévorante. Mes airs angéliques cachent bien des choses et le commun des mortels devrait se rappeler qu’il est toujours sage de se méfier de l’eau qui dort…

Cet article est donc dédié à celui qui endosse mieux que quiconque le rôle de beau Diable dans la sphère musicale, celui qui est apparu dans ma vie de la façon la plus mystique qui soit. Mesdames et Messieurs, je vous présente avec délectation mon côté « Démon » : Marilyn Manson !




Non, non, ne partez pas ! Ne prenez pas peur, n’ayez crainte ! Ca va bien se passer…

Laissez-moi tout d’abord vous raconter mon histoire. Février 2012. Je traverse un moment difficile et mes émotions me mettent sens dessus dessous. Question univers musical, je suis une vraie éclectique mais ne connaît pas encore véritablement le redoutable Marilyn. Je n’ai jamais écouté attentivement une seule de ses chansons, n’ai jamais réussi à regarder jusqu’au bout un seul de ses clips musicaux et pense, comme tout être humain raisonnable, que ce brave homme fait quand même assez peur… Nous sommes donc début 2012. La période faste de Marilyn Manson est derrière lui et on ne parle plus beaucoup de lui depuis le début des années 2000. Je ne l’ai donc pas réellement découvert aux détours des rayons d’un disquaire ou en flânant sur internet. Personne ne m’a lancé avec conviction « écoute ce mec, ça va changer ta vie ! ». Rien ne présageait ce qui allait suivre. Une nuit, je rêve, comme souvent. Sauf que cette nuit-là, c’est Marilyn Manson qui est venu me voir dans le royaume des songes tel un drôle d’Ange, me pressant de reprendre le dessus sur mes problèmes personnels et me donnant des conseils précis, me montrant des symboles en lien avec ma vie, mon enfance,… Ce rêve absolument troublant et bluffant me secoua à tel point que deux jours plus tard j’avais acheté la discographie complète de Marilyn et écoutait religieusement chaque parole. Vous dire que ce que j’ai découvert dans sa musique a raisonné en moi est un euphémisme. Les paroles, le rythme, l’imagerie, les idées, tout parlait à mon âme de façon tonitruante. Aussi incongru que cela puisse paraître quand on admire le look de ce cher ami, j’avais trouvé mon reflet parfait. Tout ce que je gardais en moi, il l’exprimait avec la subversive poésie qui est maintenant devenu ma drogue.

Sympathy for the Devil…

Aucun autre artiste n’est victime plus que lui de rumeurs infondées mais non démenties. Vous avez sans doute déjà entendu qu’il adorait le Diable ou qu’il sacrifiait des animaux avant de commencer ses concerts. Sa stratégie a toujours été de laisser parler les imbéciles désœuvrés et de scander que « comprendront ceux qui le pourront ! ». En effet, la controverse est bien le meilleur moyen de rendre les abrutis encore plus stupides. Les personnes intelligentes ne se fondent pas sur l’a priori ou les ragots pour se forger une opinion. Je ne me lancerai donc pas, par respect pour lui, dans un plaidoyer sans fin afin de redorer sa réputation. Sa réputation est parfaite telle qu’elle est. Elle est sa meilleure publicité. Je préfère vous parler de ma perception et de ce qu’il représente et offre artistiquement.

Né et élevé dans l’Ohio, dans une atmosphère « Amérique Profonde » et tout ce que ça implique, le petit Marilyn, Brian de son vrai nom, a été marqué dans ses jeunes années par le rock, collectionnant les boîtes à goûter des groupes comme Kiss ou Queen et se les faisant immédiatement confisquer à l’école Chrétienne, temple de toutes ses rebellions. Ce choc des cultures entre religion et rock n’roll a grandi, enflé, explosé, jusqu’à faire de lui le personnage de Marilyn Manson, mélange du glamour de Marilyn Monroe et du sordide de Charles Manson. Une sorte de joyeux foutoir rassemblant ce que la culture américaine a de plus iconique. Marilyn retranscrit dans son art l’amour pour le rock qu’il nourrit depuis toujours, ainsi que son désir d’écrire et de partager ses idées. Son univers est celui de l’individualité dans toute sa splendeur. Une fois que l’on passe derrière le mur de fumée Mansonesque, on comprend que cet homme veut faire réfléchir en choquant, pousser les gens dans leurs retranchements sur des questions comme la religion ou la notion de bien et de mal. Il torpille l’Amérique et son hypocrisie et promeut la liberté d’expression par tous les moyens possibles. Le résultat est détonnant. Pour les non-initiés, cet homme semble sortir tout droit de l’enfer ou d’un quelconque établissement psychiatrique. Pour nous autres, les habitués, tout ceci est une mise en scène réjouissante servant à bousculer un peu les codes et s’adresser avec force et fracas à ceux qui comprennent le message. C’est d’autant plus déstabilisant pour le grand public que Monsieur Manson a tendance à incarner ce qu’il dénonce et les foules n’allant pas au-delà de l’apparente mascarade le confondront volontiers avec un sinistre nazi encourageant le port d’armes et le suicide.

Qui est Marilyn ?

Introverti et grand timide, sa vraie nature ressort bien plus facilement lors des interviews où on le voit soudain très réservé, bien loin de la bête qui exhibe son postérieur sur scène et se torche dans le drapeau américain. A vrai dire, en tant qu’introvertie notoire, ce grand écart ne m’étonne aucunement. Nous autres grands renfermés sommes les spécialistes de ce genre d’éclats grandiloquents. Les dénominateurs communs entre le Marilyn côté scène et le Marilyn côté ville restent ses idées. Et finalement, en y accordant avec un peu plus d’attention, on remarque que le grand dingue cache en vérité un être d’une intelligence rare, cultivé et attachant.

Et côté musique ?

Marilyn continue encore aujourd’hui, de façon plus discrète toutefois que dans les années 90, à confectionner des albums studio. Un nouvel opus est actuellement très attendu par les fans. Malgré ses autres casquettes de peintre et d’acteur (oui, l’antéchrist est très occupé…) il revient toujours vers son univers métal, à mon plus grand bonheur. Chaque album sorti depuis ses débuts porte un concept et met en lumière un personnage différent incarné par Marilyn, expliquant les changements de looks et les nuances musicales. On parle carrément « d’ère » quand on cite un de ses albums. Qu’on aime ou pas, on ne peut nier la recherche artistique et le génie machiavélique !

L’ère Manson la plus connue reste « Antichrist Superstar ». Ce concept qu’il avait déjà rédigé dans ses cahiers d’école en primaire - prouvant que quand Marilyn a une idée dans la tête, il ne l’a pas ailleurs – le personnifie comme l’Antéchrist lui-même, tirant à boulets rouges sur le christianisme et ses contradictions. Marilyn démontre que ce sont les soi-disant bien-pensants qui créent eux-mêmes leurs « diables ». A l’image du petit Brian qu’il était autrefois, essayant de se conformer aux règles de l’école chrétienne et qui était sans cesse culpabilisé et diminué par les religieux encadrants. Un jour il apporta à l’école une photo offerte par sa grand-mère représentant une forme ressemblant à un ange dans le ciel. Tout content de pouvoir enfin se faire accepter par la communauté religieuse qui le martyrisait pour délit de boîtes à goûter non conformes aux préceptes du Christ, il apporta sa photo, le cœur tout palpitant, à une des bonnes-sœurs de son école. La religieuse lui confisqua la photo, lui rétorquant qu’à force de mentir et blasphémer il irait en enfer. L’Antéchrist était né…

Pour faire court, je partage avec vous 5 morceaux emblématiques dans mon cœur. La BO de ma vie dans toute son essence…

The Reflecting God
Mon morceau préféré, grinçant à souhait, nie l’existence de Dieu, du Paradis et de l’Enfer et appelle à être son propre Dieu. Pour les croyants, attention, il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre… Comme d’habitude avec Manson, comprendra qui peut !



Evidence
Ce morceau issu d’une ère plus « romantique » centrée sur les questions relationnelles, l’amour et les déchirements qui en résultent, est une déclaration lascive à l’élue de son cœur de l’époque. Le son est largement plus abordable que dans le reste de son œuvre et sa voix a un timbre particulier, ayant enregistré cet album en position couchée pour créer un effet unique.



King Kill 33
Un morceau furieux, parmi ce qu’il y a de moins abordable chez Manson. Mais j’adore… Il l’a écrit en essayant de se placer du point de vue de l’assassin du président Kennedy. Il n’est pas question de religion cette fois-ci mais on retrouve l’idée selon laquelle la société créé ses propres monstres.



Para-Noir
Un titre expérimental au son unique. Pour ce morceau, le groupe a interrogé des dizaines de femmes, leur demandant pour quelles raisons elles coucheraient avec Marilyn Manson. Les réponses les plus intéressantes sont dans la chanson !



Antichrist Superstar
Le titre emblématique de son ère la plus connue. Je vous laisse juger l’expérience que cette chanson est en concert. Pour l’avoir vécu, ça décoiffe. Il incarne un grotesque dictateur, parodiant le fascisme de la religion. Encore une fois, au pied de la lettre, ça n’a plus le même sens…



Un artiste que je recommande aux anticonformistes et individualistes de nature. A tous ceux qui passent sans cesse pour des fous mais ont pourtant le sentiment d’être seuls dans un monde de dingues. Aux incompris, oppressés et autres emmerdeurs. A tous ceux qui disent « pourquoi ? » avant de faire ce qu’on leur demande de faire. A tous ceux qui sont eux-mêmes envers et contre tout. A tous ceux-là, vous êtes les bienvenus au coin du feu !