vendredi 17 octobre 2014

Taroculte 1: Le Magicien, Bibidi Bobidi Bou !

Oyez, oyez, braves gens ! Venez découvrir le personnage suivant dans la riche galerie du tarot, le Magicien ou Bateleur.  Cette carte est chère à mon cœur car elle est celle de mon chemin de vie. Alors, en avant, MAGIE !

On n’est jamais aussi seul que sous les projecteurs !

Portant le numéro 1, ce nouveau héro est marqué par ce chiffre très connoté en numérologie. Le magicien marchera donc seul, de façon déterminée et endurante, porté par sa vision de leader et son goût bien vécu pour une certaine forme de solitude et d’indépendance. Le numéro 1 est souvent seul même quand il est accompagné. Un éternel incompris ! Cela nous renseigne déjà pas mal sur l’état d’esprit du magicien, personnage énigmatique qui communiquera avec nous sans jamais vraiment nous inviter dans son monde. Il fait le show, il EST le show. Il est celui que l’on regarde, le démonstrateur, voire même le vendeur. La scène de la vie lui appartient. Et nous ne sommes là que pour être témoins de ses prouesses mais jamais pour y participer totalement.

ABRACADABRA !

Faisant suite au Fou qui vivait plus dans son imaginaire et ses rêves, le Magicien nous parle davantage de potentiel, se rapprochant d’un cran de l’action, du concret. Le magicien expérimente quand le Fou ne fait encore que croire. Il peut donc tour à tour n’être qu’un apprenti sorcier ou un mage expert. La notion de débutant lui colle toutefois à la peau, placé ainsi à la tête des personnages du Tarot. C’est pourquoi je considère que le magicien doit faire ses preuves, que rien ne lui est acquis et qu’il doit travailler dur. Faire de la magie n’est pas si simple !
Alors quel type d’animal est notre magicien ? Est-il vraiment magique ? Ou n’est-il qu’un imposteur ? Je vous répondrai bien les deux, selon l’imagerie choisie dans le tarot, la configuration du tirage et le terme employé entre bateleur et magicien. Sera-t-il du style à sortir un lapin blanc de son chapeau ou plutôt vous entourlouper pour prendre votre argent ?  Bonne question !




Le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere


En effet, dans les jeux de type Tarot de Marseille nous aurons droit à un bateleur, amuseur de foire pour qui la magie rime avec tours de passe-passe et supercheries. Il garde un côté « bouffon » que le fou lui a légué. Plus roublard en revanche, il fera de son potentiel à faire le pitre un véritable gagne-pain et pourra tour à tour revêtir les costumes de saltimbanque ou d’arnaqueur… La table derrière laquelle il se place peut être interprétée comme une séparation entre lui et le monde, une scène sur laquelle il fera montre de prouesses, voire même une protection l’aidant à mieux dissimuler ce qui ne doit pas être compris du public non averti.




Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell


Dans les tarots plus modernes, de type Rider-Waite Smith, le magicien est celui qui a vraiment la capacité de faire de la magie dans le sens sorcier du terme (« magick » en anglais). Il a le pouvoir de manipuler les énergies de l’univers afin de manifester sa volonté dans le réel. Il est un vrai mystique qui ne s’est pas arrêté à la théorie mais met bel et bien en pratique son savoir. Il est donc celui qui a du savoir-faire. Sur le Steampunk Tarot, je ne peux m’empêcher de remarquer la ressemblance frappante de notre protagoniste avec le regretté Anton Lavey, fondateur de l’Eglise de Satan (Le Diable ai l’âme de ce brave homme !). Choix quelque peu subversif de l’illustrateur ou extrapolation de ma part ? Dans tous les cas, cela me laisse à penser que ce magicien pourrait bien nous transformer en crapaud si on le prend à revers. Il inspire bien plus de peur, de méfiance et de respect (forcé ?) que le bateleur du Tarot Noir.

Bateleur, Magicien : même combat ?!

Malgré leurs différences, l’arnaqueur comme le vrai mage partagent un arsenal commun. Chacun dispose d’un outil représentant chaque élément : le couteau ou l’épée pour l’air, le bâton ou la baguette pour le feu, le gobelet ou la coupe pour l’eau et la pièce ou le pentacle pour la terre. Equipement, somme toute, normal pour tout mystique pratiquant qui se respecte mais un tantinet élaboré pour un simple amuseur de rue, non ? Cela me laisse croire que le bateleur, sous son air inoffensif et peu sérieux, pourrait bien être un mage véritable, détenteur de talents secrets. N’a-t-il pas d’ailleurs les jambes croisées, le regard fuyant, signes de la dissimulation dont il fait preuve. Les deux compères ont bien une main levée et une main baissée, portant un objet réceptif d’une main et un objet actif de l’autre. Autre sujet de suspicion à l’égard du simple bateleur ! Tel Baphomet, il pointe vers les deux directions, les deux voies du sorcier : la voie de la main droite (lumineuse) et celle de la main gauche (sombre). Il indique également qu’il a conscience que toute chose est « en haut, comme en bas » (As above, So below), postulat se retrouvant dans les sphères ésotériques de tous poils. J’ai tendance à penser que ces deux mains pointant dans deux directions ne sont pas forcément l’invitation à faire un choix mais plutôt une marque d’équilibre. Le bien et le mal ne riment à rien, tout comme la magie blanche et noire. La magie n’a pas vraiment de couleur. Cependant, manipuler les énergies à son avantage pourrait sembler sombre par essence, rendant notre protagoniste controversé par essence ! Le magicien nous rappelle que dans la vie, comme en magie, tout est question d’intention et que nous sommes faits de lumière comme d’ombre. Il est de ceux qui ne suivent ni la main gauche ni la droite mais répondent sans équivoque « j’ai deux mains, pourquoi voulez-vous que je choisisse ? ». 

« Use the Force, Luke… »

Pour moi le magicien, est le talentueux, celui qui a le potentiel, les capacités. Il est un créatif qui applique ses idées par l’expérimentation. Le symbole de l'infini orne sa tête tout de même! Lui-même n’a pas toujours conscience de sa valeur et un bienveillant mentor devra sans doute intervenir pour le reconnecter à ce potentiel débordant et lui permettre de le développer. Le magicien nous rappelle donc qu’il n’est jamais bon de laisser ses talents enfouis ou de les gâcher en suivant une voie qui n’est pas pour nous. L’amuseur de foire ne serait-il pas fait pour jeter des sortilèges grandiloquents ? De la même façon, nous pouvons nous retrouver dans ce magicien lorsque notre rêve, celui que nous avons nourri avec le Fou, nous appelle et nous déchire. C’est un rappel à l’ordre nous intimant de manifester nos talents plutôt que de gâcher notre potentiel dans des choses tièdes et sans issue.


samedi 11 octobre 2014

Taroculte 0: Le fou ou comment sauter à poil dans le chaudron

Je me lance dans l’étude des arcanes du Tarot afin d’approfondir ma réflexion sur cet art qu’est la cartomancie et vous faire profiter de mes questionnements.

Commençons donc par le Fou. Le fou ? Oui, le dingue, le marginal, l’infréquentable, le vagabond, le va-nu-pieds ! Comme je l’aime ce cher ami ! La première carte du Tarot, affichant parfois le numéro « 0 » porte en elle tous les possibles, tous les chemins. C’est l’enfant qui a la vie devant lui, voire même le fœtus en gestation. C’est aussi le chaos primordial nécessaire à toute création. C’est le Big Bang, l’étincelle, l’idée qui germe, la puissante lumière qui insuffle une nouvelle trajectoire, l’énergie pure, sans limite, l’âme elle-même qui apparaît en nous sans que nous ne puissions l’expliquer. Cette notion de début, de commencement, de possibilités infinies, nous l’avons tous connue et vécue. Nous avons tous été un « fou » et nous portons en nous tous un fou qui sommeille.

Si je devais dégager trois archétypes grâce au Fou, je citerais l’Enfant, le Voyageur et le Marginal. Afin d’illustrer ces idées, trois tarots m’ont inspirée : Le Alice Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov, le Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell et le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere.

L’enfant


Alice Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov

Alice nous ramène à notre enfant intérieur, son insouciance, son innocence, sa jeunesse. Capable d’un émerveillement sans borne, l’enfant intérieur est un enthousiaste. Il suit sa curiosité dévorante. Il est celui que Don Miguel Ruiz décrit dans son ouvrage « The Four Agreements » comme l’être débridé et sauvage qui n’a pas encore été conditionné par l’éducation. Vous savez, ces enfants qui se mettent à crier joyeusement sans raison apparente, comme possédés par quelque lutin farceur, ces enfants qui disent ce qu’ils pensent sans peur de vous froisser, qui s’expriment comme jamais plus ils ne pourront le faire. L’enfant intérieur obéit à ses pulsions, ses lubies, l’envie du moment. Il est en action, plein d’une énergie débordante. Mais l’action ne le définit pas entièrement car c’est aussi un rêveur qui vit dans ses fantasmes. Alice au Pays des Merveilles relate bien les évènements d’un rêve après tout. Et cette Alice, qui court après le lapin blanc, prête à sauter dans l’inconnu, elle est prête à commettre un acte de foi que peu d’adultes sauraient faire. Seul un enfant est capable d’un tel abandon, d’une telle grandiloquence dans ses actes.

Cependant, ce saut dans le vide n’est pas sans danger. Vous connaissez l’expression « sauter dans la gueule du loup »? Alice n’est pas sans rappeler un certain Petit Chaperon Rouge… L’enfant intérieur manque donc de sérieux, d’expérience de la vie, de sagesse. C’est cette inconscience du Fou qui inquiète l’être raisonnable et civilisé.

Le voyageur


 Steampunk Tarot de Barbara Moore et Aly Fell

Ce vagabond a le sourire aux lèvres. Où qu’il aille et quoi qu’il fasse, il va, la fleur au fusil. Peu importe qu’il soit pauvre, il ne se sent pas misérable pour autant. Sa richesse est intérieure. Citoyen du monde, il n’a pas de nationalité, pas de limite, ni de frontière. Il est à l’aise partout. Tous les chemins lui appartiennent. Il est libre plus qu’aucun autre être humain. Il adore les nouveaux départs. Peut-être même est-il lui-même ce nouveau départ, cette possibilité infinie de voyages physiques comme imagés. Il est un funambule marchant sur le toit du monde, regardant la vie du haut de ses rêves, de son romantisme sans borne. Il voit la magie qui se profile derrière un ciel étoilé et une aube timide. Sa capacité d’émerveillement emplit sa perception de positif, de vie, de goût pour l’aventure. Quand se passe cette scène ? Avant l’aventure ? Entre deux voyages ? Et pourquoi ne serait-ce pas le moment entre deux incarnations, la transition entre deux vies ? Et qu’importe où il va ce jeune fou puisqu’il semble apprécier le voyage plus que la destination. L’important pour lui est d’avancer.

Tout cela semble toutefois un tantinet idéaliste, n’est-ce pas ? Dans tout mouvement, existe un revers de fortune. Ce Fou ne serait-il pas aussi en  fuite ? Ne serait-il pas un lâche, un personnage ayant des soucis avec la justice ? Son côté sans attache ne lui confère-t-il pas des intentions vides de sens et une instabilité le rendant peu fiable ? Est-il l’avortement avant tout début possible ?


Le marginal


 Le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere

Ha! Le voici notre Fou dans toute sa splendeur ! Il est son propre maître et vit la vie comme il lui chante. Il est un joyeux bougre, dépourvu d’agressivité apparente qui jouit de l’existence en se fichant du qu’en dira-t-on. Il est celui qui dit tout haut « je suis bizarre et je vous emmerde ! ». Ha, Fou, je t’aime ! Le bonheur simple lui appartient. Qu’il soit un simple randonneur ou un véritable clochard, il va de l’avant. Il marche d’un pas décidé vers le futur, vers sa destinée. Il est de ceux que personne ne prend guère au sérieux. Grave erreur ! Ces cinglés sont ceux qui ont le plus de chances de connaître un succès retentissant (et malheureusement aussi un échec cuisant – Barbecue de Fou, droit devant !). Mais pourquoi a-t-on plus de chances de réussir en étant Fou ? Parce que le Fou est celui qui essaye, tout simplement. Ce Fou est décomplexé, n’obéit à aucune limite, aucun interdit. Quelle liberté intellectuelle ! Il est un véritable illuminé, vu comme un malade par la société et ayant pourtant atteint la très recherchée illumination. Il est aussi un personnage magique, mystique. Sa coiffe ornée de trois grelot rappelle en effet le pouvoir du chiffre trois, la sainte trinité.

Un détail attire cependant mon œil diablotin : la petite tête de Diable ornant l’extrémité de son baluchon. Inquiétant avertissement ou joyeuse transgression ? Ce personnage instable peut sembler inquiétant. Baigne-t-il dans des sphères occultes sombres ? Est-il un ami du Diable, un adepte sataniste ? Ou est-il le Diable en personne, déguisé en farfelu bouffon afin de ne pas attirer la suspicion du bon peuple ? Ainsi dissimulé, il pourra sévir de façon bien plus aisée, brutale et inattendue !

Ce que tous les Fous ont en commun

Parmi tous ces fous, on remarque un genre peu marqué afin que chacun puisse s’identifier, que ce soit à l’enfant qu’Alice représente, ou aux deux vagabonds androgynes dépeints dans le Steampunk Tarot et le Tarot Noir. Son baluchon est sa maigre expérience, son bagage personnel. L’animal qui apparaît à ses côtés peut être perçu comme un fidèle compagnon, brisant la solitude du Fou et exprimant sa préférence pour les créatures animales par rapport au genre humain plus austère. Peut-être cet animal est-il aussi un ennemi, un poursuivant, une gêne, un enquiquineur qui met en avant les dangers qui nous attendent au lieu de nous encourager. Serait-il une représentation de la société, toujours inquiète face aux Fous ? Cet animal peut également être le déclencheur de l’action, le guide, comme le lapin blanc qu’Alice tente de rattraper. Ou bien, tel un Jiminy Cricket bienveillant, est-il la conscience du Fou, agissant tel un ange gardien ? Une idée me séduit particulièrement, celle de l’ami imaginaire, inventé de toute pièce par notre bien aimé Fou. Peut-être que cet animal est la matérialisation des peurs et espoirs du Fou, hypothèse remettant en question l’apparente insouciance de notre héros. Et comme tout le monde, le Fou serait capable de douter.

Dans le pire des cas, cette carte nous parlera de pure folie, d’inconséquence, de désordre. Le Fou est autant Ombre que Lumière.

Comme dirait le Cheshire Cat : « tout le monde est fou ici » !

Le fou n’est-il pas celui qui a raison ? Le sage qui a parfois le sentiment d’être le seul être humain sain d’esprit dans une société faite de dingues, tout comme Alice qui, au Pays des Merveilles, aura l’impression d’être le seul être raisonnable face à un véritable défilé d’hurluberlus. Du point de vue du Fou, ce sont ceux qui ne suivent pas leurs rêves et leurs instincts, ceux qui se conforment à des systèmes extérieurs à eux-mêmes qui sont bel et bien fous.

Le Fou est celui que les autres n’ont eu de cesse de critiquer, celui dont on s’est moqué, celui qu’on a tenté de bizuter. L’insaisissable marginal qui a refusé de suivre le troupeau. Il est aussi celui que tous critiqueront de ne pas accepter l’ordre établi, celui à qui tous répéteront « mais, tu ne peux pas être comme ça, agir comme ça, penser ça » et ce sont ces mêmes rabats joies qui le porteront aux nues le jour où, porté par sa flamme intérieure, il accomplira quelque chose d’exceptionnel, deviendra un artiste reconnu, un auteur génial, un entrepreneur à succès.


Et que serait un monde sans Fou après tout ? Un monde où aucun dingue ne souhaiterait prendre un risque, se mettre à nu et sauter joyeusement à poil dans le chaudron bouillonnant de la vie ? Un monde dans lequel je ne souhaiterais certainement pas exister…