mercredi 24 décembre 2014

Confessions d’une enfant du divorce : la vérité qui dérange



Pourquoi ce thème en cette veille de Noël ? Je ne sais pas. Sans doute ai-je besoin, en cette période où l’on fête la naissance d’un enfant, de me faire l’avocate de ces êtres qui n’ont d’autre choix que de subir les pérégrinations de leurs ascendants. Ma génitrice m’a beaucoup demandé de me « mettre à sa place » et je pense que ce n’est pas ainsi que les rôles devraient être distribués. Alors, sans doute est-ce terriblement vain et pédant de tenter ce cri du cœur au nom des autres… Considérez ceci comme une bouteille à la mère (non, pas de faute d’orthographe ici) et pardonnez mon ton quelque peu vindicatif. Certaines blessures ne se referment jamais vraiment. Elles cicatrisent mais restent tout de même inconfortables et disgracieuses…

Je tombe régulièrement sur des articles traitant du divorce et plus particulièrement de l’impact sur les enfants. Ce qui me dérange, dans la plupart des cas, c’est que ces articles sont des spéculations citant des études et pourcentages, rédigées par des adultes pour les adultes et l’on pourrait renommer tous ces traités de la bonne conscience « Comment divorcer en toute tranquillité » ou « déculpabilisez-vous tranquillou. » Je cherche depuis longtemps des témoignages de personnes comme moi, devenues adultes et qui ont subi de plein fouet les affres de la famille décomposée. Car on ne recompose pas une famille de force. L’enfant, en grandissant, se choisira une famille de cœur par lui-même. Le terme « famille recomposée » est une insulte au terme famille et rend cette notion purement détestable. J’ai haï avec passion « la famille » jusque très tard dans ma construction. Et même encore aujourd’hui j’ai un terme bien à moi pour la vraie famille que je me suis choisie, le terme générique « famille » me hérissant le poil dans le meilleur des cas.

Je suis souvent face à des personnes plus âgées que moi qui plaident la cause des pauvres parents divorcés et qui implorent « oui, mais des fois, ça peut bien se passer ». Ce discours émane exclusivement des parents qui divorcent ou veulent divorcer. En tant qu’enfant de divorcé, j’ai le privilège d’entendre la vérité de la bouche de mes semblables. La chose drôle est que nous devons nous reconnaître entre nous, ce qui explique que j’ai pu parler à cœur ouvert avec beaucoup d’enfants comme moi. En général, un enfant de divorcé à qui on demandera comment ça se passe vous répondra que ça se passe bien. Moi aussi je l’ai fait. Il y a une entente tacite entre ces enfants et la société : « dis que ça se passe bien ! Ton mal-être nous incommoderait ! ». Voyez-vous, nous avons tellement appris à prendre sur nous que nous mentons pour ne pas culpabiliser nos parents. Ces pauvres chéris, c’est déjà tellement difficile ce qu’ils vivent. Tous ces articles sur le divorce vous serviront de copieuses excuses sur le fait que l’enfant préfèrera voir ses parents divorcer plutôt que d’être dans un foyer où les parents se déchirent. Et vous, que préférez-vous : sauter d’une falaise ou vous faire couper la jambe ? La vérité, c’est que quoi qu’il arrive, quand vous êtes parents OU enfants et que le couple périclite, vous êtes foutus. Et ça se ne se passera pas bien. Arrêtez de vous bercer d’illusions sur le divorce par anesthésie générale. Vous allez en souffrir quoi qu’il arrive. A vous de faire en sorte que ce soit le moins possible. La société dans laquelle nous vivons nous sert une soupe bien-pensante sur les joyeuses familles recomposées et le divorce sans souffrance. Soyons clairs, ça n’existe pas. Et je me demande bien comment l’on peut publier des inepties du style « 60% des enfants de divorcés gardent des séquelles de cette expérience » quand ces dits enfants passeront leur vie à dissimuler ce qu’ils ressentent et vivent pour faciliter la vie de tout le monde (sauf la leur). Alors l’argument ridicule des notes à l’école est toujours l’indicateur qui fait mouche ! Si les notes chutent, on crie à la dépression enfantine. Personnellement, j’ai été première de classe avant, pendant et après le divorce. Insoupçonnable. Et pourtant mon niveau de bien-être entre 6 et 20 ans a plus que frôlé le morbide. Beaucoup d’enfants de divorcés avec qui j’ai échangé de façon sincère étaient plutôt bons élèves. Et pourtant, on a dégusté méchamment, tous à notre manière. Moi, j’ai essayé d’arrêter d’exister, remuer le moins de vagues possibles. J’ai donc toujours réussi à l’école, jamais prononcé un mot au-dessus de l’autre, sage et retenue en toutes circonstances. Insoupçonnable, je vous dis. Mesdames et messieurs les scientifiques et statisticiens, je vous annonce que vous n’avez pas encore craqué le code du ressenti de l’enfant. Sans doute faut-il l’avoir vécu.

Passons maintenant en revue quelques réflexions lamentables qui ont été invoquées devant moi et qui continuent de sortir des bouches en toute impunité:

« Pourquoi tu pleures ? »

C’est la première réaction que j’ai eu, enfant, à l’annonce du divorce. Et cette phrase a conditionné tous mes efforts de dissimulation émotionnelle par la suite. Un enfant devrait justifier un mal-être qu’il ne comprend même pas mais que l’adulte, lui, devrait comprendre, puisque c’est lui qui l’inflige. Cette question laisse penser qu’il n’est pas normal de pleurer, d’être triste, pour le simple fait de la séparation. Ce n’est pas parce que le parent se voile la face et tente par tous les moyens d’obtenir son divorce sous péridurale que l’enfant doit devenir un robot. 

« Maintenant, tout le monde divorce. »

Si je vous enfonce un poignard dans le cœur, vous aurez mal, n’est-ce pas ? Bon, alors pour remédier à cela, je vous propose, afin de soulager votre douleur, dans ma grande mansuétude, de vous montrer que des centaines d’autres, comme vous, se font poignarder dans le cœur en cette même seconde. Voilà, vous vous sentez mieux ?!

Et les affres de la greffe, souvent ratée, de pièces maladroitement rapportées :

« Je n’essaye pas de remplacer ton père. »

Un enfant ne pensera jamais une seule seconde au fait qu’une personne extérieure pourrait remplacer son parent. Ça ne lui effleure même pas l’esprit. Mais, de toute évidence, les adultes, eux, s’en préoccupent et sont assez présomptueux pour vous lâcher des perles dans ce genre. Si l’enfant avait la répartie d’un adulte, à ce moment-là,  il vous répondrait « A la bonne heure ! Autant ne pas te fatiguer à essayer de remplir une tâche impossible et, à propos, ta réflexion me fait l’effet inverse de celui escompté. Car toi, tu y as songé… »

Alors, voilà, plus d’espoir ?! Si je divorce, j’abats le malheur sur toute ma descendance ?! Autant sauter du pont tout de suite ? Non, évidemment pas. Mon propos est de ramener un peu de réalisme, d’honnêteté intellectuelle et affective dans ce montage de bourrichon (maintenant assez médiatique) autour de la notion de divorce. Montrons-nous responsables. Préservons les enfants mais ne comptons pas sur la banalisation de la douleur comme planche de salut. Souffrir du divorce est normal. Préserver tant que possible ses enfants de cette souffrance l’est aussi.


jeudi 4 décembre 2014

Taroculte 5: Le Pape, mysticisme et tradition



Aussi stupide que cela puisse paraître, cette carte me rebute autant que le Diable effraie le commun des mortels (alors que moi, je l’adore ce cher ami cornu). Je pense que mon expérience personnelle ratée de la Chrétienté y est pour beaucoup et que mon indécrottable attachement à la liberté spirituelle et refus de suivre un chemin pavé de règles en la matière (religions ?...) m’ont empêché de bien me connecter à cette carte. Oui, je prône la liberté spirituelle ! Si votre cœur est en joie lorsque vous priez Jésus, trinquez à la gloire de Dionysos ou expérimentez la beauté divine dans le simple fait de contempler une œuvre d’art, bravo ! Je pense donc ne pas être une extrémiste spirituelle qui rejette de facto les religions (extrémiste païenne, marrant, non ?!) mais plutôt une amoureuse de la liberté spirituelle et de la liberté de choix en la matière. Alors pourquoi tant de grincement de dents devant cet archétype du Pape ? Il ne s’agit, après tout, que d’un archétype : celui du leader spirituel, du représentant du Divin sur cette humble terre. Je pense que cette interprétation trop précise du leader spirituel en question me déconcerte  à cause de mon expérience personnelle. Pourquoi le Pape, non d’un animal cornu ? Évidemment, à l’issue du Moyen-Age,  il était de bon ton d’être « Chrétiennement correct » et cela explique que le Tarot de Marseille, l’un des plus anciens, utilise ce terme. Dans le Rider-Waite, plus récent, cette carte porte le nom d’Hiérophante, prêtre de la Grèce Antique, notion déjà plus plaisante à mes yeux. Mais peu importe ! Cette carte m’a donné une bonne leçon : dans le Tarot, il est important de se détacher de l’évidence et chercher la vérité qui raisonne plus profondément. Le Pape aura donc plusieurs rôles possibles : représentant des religions, sage, guide, mystique et pourquoi pas le Divin lui-même (elle-même ?! Non mais !).

Le religieux, gardien de la doctrine

Ha, le voilà mon blocage en chair et en os. Mon a priori négatif. Celui qui représente la religion, la doctrine, la règle religieuse, l’organisation de l’Église. Frissons… Pour certains, ces notions seront rassurantes et bienvenues. De mon point de vue, cet archétype du Pape me montrera davantage la dictature spirituelle que je tente de fuir avec force et fracas, les carcans religieux, l’extrémisme, les dictats (pas uniquement religieux d’ailleurs, mais idéologiques de tous poils). Au-delà du spirituel, cette carte pointera du doigt l’hypocrisie de l’ordre établi, la dynamique de groupe écrasante et abêtissante (vous remarquez les deux moutons qui prient aux pieds du Pape ?), le rejet de l’individualité, le manque de sincérité, prêcher des concepts vertueux dans lesquels on ne croira pas vraiment,… Je pense vous avoir dressé un portrait suffisamment clair et sarcastiquement suggéré dans le Tarot Noir : celui de l’emplumé religieux que seuls les faibles et les influençables portent aux nues. Voilà, c’est dit. Vous pouvez préparer le bûcher pour me jeter dedans, peu m’importe !



Le Tarot Noir de Justine Ternel et Matthieu Hackiere

Le sage, celui qui a le droit de fumer des choses étranges sans être jugé

L’archétype du sage est bien plus libre que celui du religieux. La sagesse véritable naît de l’expérience, des échecs et succès, de la VIE en somme. Le sage sera donc l’aîné, le guide, celui qui, au prix de difficultés plus ou moins grandes, a acquis des clés spirituelles de valeur. Il détient une vérité pour laquelle il a travaillé dur. Souvent, il la délivrera à ses cadets par énigmes car la VÉRITÉ ne s’obtient pas sans sueur et sang. L’enseignement du sage demandera du travail et de l’application.



Alice Tarot de Karen Mahony et Alex Ukolov

Le Mystique, le vrai, le tatoué…

Le voici l’illuminé (celui qui a atteint l’Illumination et non pas le dingue…), le sorcier du village, marabout, devin, guérisseur, possédant le mystérieux don de communiquer avec le Divin aussi simplement qu’avec sa voisine. La classe, non ? Il inspire le respect, voire la déférence, grâce à cette connexion mystique. Il a été choisi par le Divin et a répondu à son Appel. Certes, depuis l’apparition des monothéismes, nous n’en voyons plus beaucoup de ces chers amis, à part dans des sphères glauques et clandestines suintant la marginalité, le charlatanisme et l’arnaque organisée… Cet archétype, poussé à l’extrême sera le Dieu lui-même ! Et en regardant le Tarot des Vampires, je ne peux m’empêcher de penser à Hadès…



Le Tarot des Vampires de Ian Daniels

Dans mes tirages personnels, le Pape a su m’apprivoiser et me montrer ses multiples visages. Souvent, il me surprend agréablement et me pousse dans mes retranchements, hors de ma zone de confort solitaire. Il sait donc être bienveillant, même avec une impie dans mon genre !



mercredi 3 décembre 2014

Taroculte 4: L'Empereur, Guide ou Bourreau?


Si je vous demandais de penser à votre père. Vous imagineriez cet homme avec ses qualités, ses défauts, tout ce qui constitue sa personnalité et a construit l’archétype paternel de votre monde intérieur. Chez certains, cet archétype sera très positif et teinté de tendresse, rattaché à des notions engageantes et sympathiques, fiables et rassurantes. Le monde étant ce qu’il est, chez certains, cet archétype sera beaucoup moins chaleureux. Il en ira de même si j’évoque le mari, le frère, le fils… Cette subjectivité née de l’expérience est la raison pour laquelle je considère que les images et personnages archétypaux du Tarot portent en eux une essence qui peut dévoiler des nuances bien différentes selon les tirages et contextes. Ainsi, l’Empereur sera un symbole de stabilité ou de rigidité, l’image du père et de l’homme modèle ou le tyran domestique étouffant, le leader charismatique ou le dictateur.

La stabilité du 4

Porteur du chiffre 4, l’empereur est la stabilité pure. Il est la base fiable, l’ancrage, telle la table à quatre pieds. Avec lui, tout est carré, planifié, voire prévisible. L’improvisation n’a pas sa place. Sous les aspects rigides, se cache aussi une notion rassurante, pleine de confort. L’Empereur sera celui sur qui compter, celui qui répondra toujours présent. Il pourra même représenter le foyer accueillant et réconfortant, la maison, le pays d’ancrage ou le travail stable avec un contrat long-terme, bien payé mais pas forcément excitant ou évolutif. Ainsi, l’Empereur sera l’argent sûr, la personne qui fait vivre le foyer ou l’entreprise pérenne. D’un point de vue plus spirituel, il sera le chakra racine qui nous relie à la terre, au concret. C’est pourquoi l’Empereur a de l’assise et de l’assurance. 



Dans le Steampunk Tarot, l’Empereur incarne cette assise et cette stabilité.

Quel homme!(?)

L’Empereur est également celui qui incarne tous les rôles masculins par excellence à l’instar de sa bien-aimée l’Impératrice qui était la femme dans tous ses états. Père, mari, chef de famille mais avant tout homme. C’est bien là que la subjectivité sera la plus forte parce que si cette carte représente un proche, une figure masculine importante de l’entourage du consultant, nous pourrons avoir affaire aussi bien à l’homme chéri qu’au pervers narcissique craint et fui. Les cartes alentours dans le tirage seront déterminantes.



Dans le Tarot Noir, l’Empereur est tourné vers l’Impératrice et nous signifie ainsi son rôle familial et social.

Oui, chef!

Un autre rôle important de l’Empereur, et pas des moindres, est celui du leader. Il sera le chef, le commandant, la référence, l’homme fort, le stratège. Impossible dans ces cas-là de le détacher des domaines de la politique, du travail, du groupe mais bien évidemment également de la famille. La stabilité évoquée plus tôt tournera davantage à la fermeté dans ce contexte. Celui qui guide les autres, commande et prend les décisions doit se préparer à aller à l’encontre des désidératas de certains. Lorsque l’on dirige, on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais lorsque l’adhésion est au rendez-vous, le leadership devient exaltant et particulièrement efficace. 



Le Bohemian Gothic Tarot dépeint un Empereur plutôt sombre, leader prêt à tous les sacrifices (humains ?) pour parvenir à ses fins.

On souhaiterait bien volontiers ne connaître que la face lumineuse de l’Empereur, celle du guide bienveillant qui vous soulève et vous encourage. Mais l’Empereur (même lui !) doit se plier à la loi de l’impermanence et vous verrez de temps en temps poindre l’ombre d’un homme bien moins recommandable derrière cette carte. Restez vigilants !